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Bac 2006, quelques pistes...

BACCALAUREAT DE THEATRE

Session métropole juin 06
 

SUJET DE TYPE I sur Platonov

 

QUELQUES PISTES DE TRAITEMENT POSSIBLES COMMENTAIRE D'ENSEMBLE


Le sujet implique une réflexion dramaturgique sur le rôle du groupe dans Platonov et les documents sont choisis pour inspirer différentes pistes scéniques pour sa représentation: même si tous se rattachent au motif de la fête, les climats, les contextes et les enjeux en sont radicalement différents, et leurs univers esthétiques sont aisés à différencier. La citation ne se donne pas comme sujet de dissertation mais elle aide à poser la problématique en introduction, puis à sous-tendre les commentaires et les propositions: elle invite en effet à traiter le groupe en évitant tout naturalisme, à prendre donc en compte l'aspect choral de l'écriture de Tchekhov dès sa première pièce, à rechercher la représentation du sensible, le "jeu de la vie, (...) un jeu de formes et de mouvement". La consigne est explicitement : " A la lumière de cette citation, vous examinerez les cinq documents proposés et vous verrez comment ils peuvent nourrir un traitement du groupe humain…" ce qui conduit à admettre aussi bien un projet de mise en scène qu'un devoir plus réflexif, comme une analyse comparée et construite des perspectives dramaturgiques offertes par les documents, débouchant sur des choix personnels. Dans le cas d'un projet de mise en scène, celui-ci peut difficilement se restreindre à la scénographie.

QUELQUES PISTES POUR LES ANALYSES


Les documents proposent du concret pour donner corps à la représentation: milieu social (costumes, comportements, gestuelle), espaces et lieux de vie (le rapport intérieur- extérieur, essentiel dans les deux actes concernés), thèmes ( la nourriture et le vin, l'amour et la séduction, la conversation...), choix d'une époque... Ils suggèrent par ailleurs des parti-pris très contrastés pour la représentation de la fête et des connotations très différentes: fête populaire, carnaval, atmosphère provinciale et satire sociale, angoisse tangible dans l'enfermement en milieu psychiatrique, ou son expression symbolique dans le tableau de Munch. Le candidat peut chercher à classer les œuvres et à les rapprocher: par exemple les deux œuvres picturales sensiblement de la même époque, et contemporaines de Tchekhov, qui offrent un contraste intéressant (impressionnisme/expressionnisme, réalité de la guinguette ou du bal / symbole de la fuite du temps et de la perte des êtres...); ou bien sûr rapprocher entre elles les photographies de Martin Parr, fragments surpris dans notre réalité contemporaine.

Doc.1 Renoir, Le déjeuner des canotiers, 1880
Terrasse de guinguette au bord de la Seine, éclat de la lumière d'été exaltée par la technique impressionniste, alanguissement de la fin de repas, la table chargée de vins et de fruits: sensualité dionysiaque de la fête populaire, jeux de regards, glissement des corps, contrastes entre les maillots de corps des "canotiers" et les tenues de fête de leurs "bonnes amies", plus encore des habits noirs des "bourgeois" venus s'encanailler, le chapeau claque et la casquette... La composition très subtile de ce tableau n'est pas sans rappeler le courant de vie qui anime la fête dans Partition inachevée pour piano mécanique de N.Mikhalkov et suggérerait un traitement du groupe resitué dans l'époque, avec le mélange des classes représentées dans le salon d'Anna Pétrovna, une présence de la nature et du climat comme l'indique Tchekhov avec insistance, sans toutefois tomber dans une reconstitution naturaliste, puisque la forme et le mouvement, les courants qui traversent les corps, sont à dessiner avec la lumière, à chorégraphier dans l'espace.

Doc.2 August Sander, Carnaval des artistes de Cologne,1932

Une troupe d'artistes (de cabaret, ou de cirque?). On joue à poser devant le rideau peint, chacun dans le costume et la pose de son "emploi": gendarme et voyous, "la femme" et la ballerine, le clown, les tambours de la parade: comique grimaçant, sans gaieté; Allemagne 1932... Gabriel Garran parle du "carnaval du Ier acte" de Platonov: des masques sociaux cachant les plaies, et l'inquiétude d'un microcosme en décomposition. On irait ici du côté du cinéma expressionniste des années 30, en soulignant l'artifice, l'emballement grotesque d'une fête d'avant la crise, l'aveuglement devant la montée de[ tous l]es totalitarismes; on pense aussi au cabaret de Karl Valentin, ou au Brecht de La Noce chez les petits bourgeois.

Doc.3 Martin Parr, Prestwich mental Hospital, 1971
Image particulièrement forte de la mélancolie de la fête dans un hôpital psychiatrique; espace à la fois vide et fermé d'une salle polyvalente (cf. marques au sol du terrain de jeu); aucun débouché sur le jardin, sur le monde extérieur; fixité des personnages, isolés dans une prison intérieure, contemplation silencieuse; les regards ne se croisent pas; seul un couple évolue dans une valse compassée, sans gaieté - on pourrait même imaginer sans musique. Vision possible du monde schizophrène d'Anna Pétrovna et de ses invités? Représentation angoissante de l'ennui prégnant dans la pièce, du vide intérieur dont souffre la génération "sans pères". "Mais ce n'est pas pleurer qu'elle veut, c'est se tirer une balle dans la tête" (II, 1° tableau,12 ). S'interroger sur la place possible du vide dans une dramaturgie et une scénographie généralement placées sous le signe du foisonnement, de l'entrecroisement des destins individuels.

Doc. 4 Martin Parr, Banquet d'investiture du maire à Todmorden, 1977 L'artiste a saisi sur le vif la rapacité de notables provinciaux se ruant sur le buffet dressé dans la salle des fêtes de la mairie, sans un regard pour le voisin, la bousculade, la frustration: contraste entre la circonstance officielle, les tailleurs et les cravates, les revers décorés, et les appétits lâchés: le vernis craque. Une transposition possible, dans un réalisme contemporain, du milieu provincial russe: l'appétit phénoménal de Triletski, les marchands qui assiègent Anna Pétrovna, leur vulgarité (Platonov les jetterait bien par la fenêtre, mais Anna Pétrovna a choisi: entre la propriété et l'honneur...). Une lecture "dure" de la pièce, qui peut donner lieu à une représentation implacable du groupe, que ce soit des créanciers, des pique-assiettes, ou des Voïnitsev qui les hébergent... Dans cette perspective on peut être sensible au cadrage extrêmement contraignant des personnages dans le plan, à la barre de l'horizontale qui semble courber les têtes et nier toute forme d'élévation possible. Une proposition qui se fonderait sur ce document ramènerait au cœur de sa lecture la "satire sociale" que Françoise Morvan déclasse comme non essentielle.

Doc.5 Edvard Munch, La Danse de la vie, 1999-1900
L'univers du peintre expressionniste offre une très grande ouverture à l'imaginaire et exclut toute représentation naturaliste de la fête: l'espace, une prairie stylisée par un aplat de couleur verte, s'ouvre sur la mer et un pâle soleil couchant, mais le ciel est coupé au raz de l'horizon et ne semble ouvrir aucune échappée. Un bal symbolique où les lignes courbes indiquent le mouvement, contraste des couleurs primaires, des hommes en noir enlaçant des femmes en robes blanches, la tache rouge de la robe au centre du tableau. Au premier plan deux femmes encadrent le couple central, nous avons ici trois âges de la vie: la jeune fille en blanc, la jeune femme en rouge, la femme vieillissante en noir. Le titre ("La danse de la vie") donne une clé, mais ce pourrait être aussi la danse de la mort. Les postures, les regards, traduisent le désir, la passion et la pulsion de vie, mais semblent hantés par la pulsion de mort. En tout cas cette vision profondément mélancolique de la fête comme métaphore de la vie est très proche de l'univers de Tchekhov, et surtout de Platonov ( Être sans père ), elle peut inspirer une représentation plus grave du groupe. On pourrait largement ouvrir l'espace à la nature et aux saisons dont la métaphore, court dans toute la pièce .
 

SUJET DE TYPE II SUR LE THÉÂTRE DU SOLEIL
 

QUELQUES PISTES POSSIBLES POUR UN TRAITEMENT DU SUJET

Le sujet de type II, sujet de synthèse qui s'appuie sur une culture de spectateur, salue cette année, en métropole, trois ans de compagnonnage passionnant avec le Théâtre du Soleil.
 
    On doit au Théâtre du Soleil un site pédagogique exemplaire qui fera date dans l'histoire des ressources pédagogiques en ligne. Le film qui a été tiré du Dernier Caravansérail sera par ailleurs projeté au Festival d'Avignon, dans la cour d'honneur du Palais des papes le 10 juillet, et diffusé sur Arte le 18 octobre 2006 (réservez la date!). Actuellement la troupe d'Ariane Mnouchkine travaille à son prochain spectacle.
" L'aventure du Soleil" n'est donc pas finie pour tous les lycéens et amoureux du théâtre, et notre site continuera à s'en faire l'écho, par-delà le renouvellement des programmes de terminale.
 
    Juin 2006 et le baccalauréat permettent de marquer une pause rétrospective dans ce parcours. Nous livrons ci-après quelques pistes possibles pour traiter le sujet de type II : elles ne constituent pas un corrigé, encore moins une liste normative qui exclurait toute autre proposition. La valorisation des qualités propres à chaque copie, l'harmonisation concrète menée dans les académies, restent pleinement de la compétence des examinateurs, des coordonnateurs et des inspecteurs, qui chaque année prennent en charge la responsabilité de l'évaluation . Mais un sujet de théâtre peut être pour quiconque un sujet d'intérêt : le théâtre, art public, invite à partager la réflexion qu'il suscite, y compris en salle d'examen ...


Le libellé du sujet conduit à relever dès l' introduction  la  question de l'engagement du Théâtre du Soleil , ainsi que de ses choix esthétiques, pour y inscrire la représentation de la femme comme un exemple particulièrement parlant. La connaissance des œuvres est évidemment éclairante, même si l'on ne demande pas au candidat que cette connaissance soit littérale. On peut surtout attendre du candidat de section L option « Théâtre art dramatique » qu'il puisse analyser le moment spectaculaire représenté par le cliché photographique dans le contexte du spectacle (pour le document n°5 une note est destinée à faciliter le repérage), et qu'il se saisisse à cette occasion des pistes dramaturgiques qu'il a étudiées dans l'année (conformément au libellé du programme limitatif).

L'analyse des images proposées permet de repérer, parmi  les figures féminines représentées, un large éventail de statuts sociaux et familiaux, de contextes historiques et géographiques; des situations exemplaires de résistance ou de soumission au pouvoir, entre autres lorsque celui-ci prend l'aspect d'une domination exercée par les hommes sur les femmes.
On peut ainsi identifier les moyens mis en œuvre: codes de costumes, de maquillage, de jeu..., inspiration puisée à différents univers artistiques et/ou référentiels comme le théâtre élisabéthain, la tragédie grecque, la transposition d'une comédie du répertoire classique français, le Bunraku, ou encore le traitement d'une actualité proche. Il est donc possible d'établir des regroupements, et de ne pas traiter systématiquement les documents dans leur ordre chronologique.
Le temps de synthèse offre l'occasion une réflexion sur la tension créatrice entre une théâtralité affirmée et la représentation parfois très réaliste du monde contemporain.

QUELQUES PISTES POUR LES ANALYSES


Deux figures de reines et d'épouses (doc.I et II):
Doc.I ( Richard II ): la Reine Isabelle et le Roi Richard II
C'est la première apparition de la Reine " en majesté" (acte II, 1, entrée chez Jean de Gand). Somptuosité des costumes royaux, ampleur, mouvement, éclat du blanc (étoffes et maquillage ) et de la pourpre (référence à la fois au Kabuki et à l'époque élisabéthaine, la fraise...); "gémellité" des époux, fierté, admiration dans le regard et le geste du roi sur la Reine, épouse et sœur: lumineuse, elle peut être vue comme incarnant la face claire du Roi. Mais la reine va assister en silence aux premiers abus ( la "part d'ombre" de Richard II). Image enchantée  de l'amour conjugal, dignité de ce très beau personnage féminin; mais bientôt ironie tragique.

Doc.2 ( Iphigénie à Aulis ):
Clytemnestre, affrontant Agamemnon, fait rempart pour protéger Iphigénie.
Passion maternelle, résistance à l'arbitraire royal et à la violence du père; contraste avec l'enfance apparente et la terreur d'Iphigénie; force, détermination, image de la justice maternelle annonçant le meurtre du Roi (Les Choéphores). L'éloignement de la représentation antique s'exprime à travers des codes empruntés à l'Orient: les costumes (Inde), le maquillage (Kabuki), les couleurs (noir et safran pour la reine, lin blanc pour la jeune fille). Netteté frontale du jeu, convention consciente dans l'expressivité des postures et des visages, mais jeu très incarné, forte présence des comédiens; théâtre épique, mais aussi recours conscient à  la terreur et [à]  la pitié aristotéliciennes.

Doc.3 (Le Tartuffe): Marianne et Orgon
Autre image de fille soumise à la contrainte paternelle, ici transposée au présent du fondamentalisme religieux: forte actualisation, réalisme des costumes et du décor, mais le jeu dans son outrance stylisée dénonce l'usage caricatural qui est fait des codes religieux par le père de famille (Orgon, inspiré par Tartuffe, n'est sensible qu'aux signes extérieurs de la religion): brutalité de la main agrippant le bras, expression grotesque de la fureur, de l'autoritarisme (jeu expressionniste, en référence au cinéma muet, maquillage ); contraste avec l'expression douloureuse, révoltée de Marianne. Opposition noir/blanc, tragique/ grotesque: jeu non naturaliste, très codé, qui mêle expressionnisme et commedia dell'arte. L'inscription dans l'actualité contemporaine montre la violence intacte de la comédie de Molière, et nous renvoie à nos propres intolérances, à l'actualité du combat des femmes. Ce mélange de réalisme et de mise à distance sera constamment mis en œuvre dans Le dernier Caravansérail.

Doc. 4 ( Tambours sur la digue): la femme de l'architecte décapite le Grand Intendant
Image de la femme " actrice du monde", poursuivant le combat de son mari assassiné, en reprenant son sabre: grandissement héroïque d'un personnage féminin qui, de victime, devient vengeresse d'une juste cause. L'univers extrême-oriental où se situe la fable n'empêche d'ailleurs nullement la scène de recouper le mythe occidental de Judith. La violence est mise à distance par le recours aux codes du Bunraku, sans mélange de genres. La fable épique aux échos mythiques, écrite " à l'ancienne" par Hélène Cixous pour parler d'un fait d'actualité (les inondations en Chine), s'inscrit dans une tradition brechtienne : l'éloignement temporel et spatial nous parle du présent, appelle à l'engagement. Le théâtre affirme ici sa nature et sa puissance métaphoriques.

Doc 5 ( Le dernier Caravansérail): femmes afghanes en burka
Image et tableau qui nous parlent d'une proche actualité. Voir la note intégrée à la légendedu document : « La scène se passe après l'éviction des Talibans ». Ce qui permet d'accueillir une double lecture possible, liée à l'ambivalence de la situation représentée : tableau de la paix et des libertés retrouvées après la chute des intégristes Taliban? ou persistance de la soumission de la femme à une loi masculine, intégrée par les femmes elles-mêmes?
En tout cas représentation d'une fausse paix: l'instant d'après l'une des femmes va sauter sur une mine restée dans les ruines de sa maison. On notera  l'extrême réalisme de l'image (costumes, décor-fragment de réel), et en même temps les  procédés de mise à distance: chariots amenant en "citation" les acteurs, servants de scène-témoins, espace vide, ruptures et changements à vue...
On pourra se souvenir d'une scène précédente, par exemple celle où les femmes afghanes- reporters, ayant relevé leur burka pour filmer un Taliban exécuté, sont contraintes à se recouvrir par un passant, ou encore le récit à épisodes: « Un amour afghan ». S'agissant toujours de la représentation militante de la cause des femmes, on peut encore citer, dans le même spectacle, les jeunes réfugiées russes de Sangatte prostituées par les passeurs.
 

Quelques réflexions générales


. Sur le sujet proposé. L'Orient et l'Extrême-Orient sont ici, plus que jamais, thème et matériau expressif tout à la fois. Le recours aux codes des dramaturgies orientale ou extrême-orientale joue comme un révélateur mythique au sens large, révélateur à la fois politique et poétique de l'actualité du propos théâtral adressé au spectateur. La question de la représentation du statut de la femme est un lieu privilégié pour observer cette symbiose.

. Sur la méthodologie du devoir. Il n'est pas exigé du candidat, rappelons-le, qu'il fasse preuve d'une expérience de lecteur et de spectateur exhaustive. Mais on attend de lui qu'il n'ignore totalement aucun des spectacles représentés, lesquels appartiennent aux œuvres citées en référence dans le programme limitatif. En fonction des connaissances et de la familiarité avec les œuvres dont il dispose, le candidat est invité à resituer l'extrait visuel fourni par le cliché photographique dans l'ensemble plus large d'une représentation et d'une esthétique. Cette capacité à mettre en rapport la partie avec le tout, dans le cadre d'une analyse active et informée, est l'une des compétences majeures qui fonde la qualité d'un devoir de type II. Cette attente à elle seule suffirait à distinguer le sujet de type II d'un sujet de dissertation (confusion parfois commise par les candidats).
    Il n'en est pas moins vrai que le sujet de type II fait appel, comme la dissertation littéraire, à une capacité de synthèse. Cette capacité se manifeste encore dans la démarche comparative, qui permet de dégager des analogies et des lignes de partage, et, ce faisant, de problématiser. C'est d'ailleurs ce dynamisme synthétique de l'analyse qui rend possible une  mémoire du spectateur.

Date de publication : 23/06/2006 21:35

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