Paroles d'acteurs : Nicolas Lormeau, texte à plusieurs mains
Stanislavski a ouvert le genre de l'essai-témoignage d'acteur, qui nous vaut aujourd'hui, de Jouvet à Ioshi Oïda et autres non moins talentueux, un précieux thesaurus professionnel, la quintessence d'un art de maîtres offerte aux générations futures. Beaucoup plus rare, pour ne pas dire secrète et inédite, est la parole de l'acteur formateur débutant.
C'est à elle que Nicolas Lormeau a choisi de donner la parole. Non content de figurer au nombre des acteurs de la Comédie Française, Nicolas Lormeau est en en effet pour les élèves du Conservatoire un professeur de jeu et d'intervention en milieu scolaire. Son témoignage de passeur essentiel a ainsi pu éclairer les " Improvisées du Théâtre au Conservatoire " 2007 d'une double expérience.
On lira ci-dessous, recueillie de manière attentive et sensible, la parole presque intérieure de ces jeunes acteurs qui " affrontent " pour la seconde fois l'univers de l'Ecole, mais soudain, et souvent à leur grande surprise, " de l'autre côté de la barrière "...
Toutes les réactions à ces témoignages sont, comme d'habitude sur Educnet/théâtre, bienvenues sur theatre@education.gouv.fr
Car le temps passe. Et, vers notre mort nous voyageons…
L’artiste, peut-être plus qu’un autre, cherchera à faire de ce chemin imposé, un objet de partage d’émotions, de création, d’intelligence, de découverte et de beauté.
Qu’est-ce que l’art ? Que peut l’art ? Pas grand-chose en vérité… Mais le temps passe… Et
sans art, il ne ferait que passer, sans sens et sans but.
L’humanité, depuis toujours, s’est représentée vivante à elle-même, s’est inventé des images et des formes qui transforment son imaginaire, s’est créé des objets inutiles et beaux, médiateurs abstraits de son désir de donner du sens à « tout cela ».
L’art, pour se sentir, se reconnaître humains.
C’est pour cela que je crois nécessaire la présence de l’art à l’école : en leur sein, les êtres humains apprennent leur histoire et acquièrent les connaissances indispensables à leur vie. Sans culture, sans savoir, rien ne serait possible. Oserai-je écrire ici que, sans art, rien ne serait vivant ?
Alors, puisque le temps passe et que vers ma mort je voyage, et qu’il y a vingt ans j’étais au Conservatoire d’Art Dramatique et que naissaient ceux qui y sont aujourd’hui, j’ai eu envie de leur donner envie, à eux, les futurs acteurs, d’aller aussi « faire entrer un peu d’art, un peu de théâtre » dans les classes, dans les yeux et l’imaginaire d’encore plus jeunes qu’eux.
Cette année encore, le stage que nous encadrons avec Véronique Samakh et qui s’appelle « intervention en milieu scolaire » s’est donné comme point d’orgue une journée où les élèves de deuxième année du Conservatoire, répartis en petites équipes de trois ou quatre, rencontrent trois groupes d’élèves d’âges différents (de la Première au CP) pour une séance de deux heures, dans un espace permettant d’y « faire du théâtre ». Les jours précédant cette journée d’immersion dans les classes sont consacrés à la préparation des exercices possibles, des activités envisageables pour un temps si court avec ces classes.
Mais nous organisons également ce que nous appelons des « tables rondes » au cours desquelles il s’agit d’aborder les grandes questions de fond qui se posent à l’artiste intervenant dans les écoles (A quoi ça sert de faire du théâtre avec des adolescents ? Comment travailler en partenariat avec l’enseignant ? Doit-on jouer quelque chose à la fin de l’année, de l’atelier ? Doit-on noter les élèves ? Pourquoi les groupes scolaires chahutent-ils au théâtre ?
Faire du théâtre donne-t-il envie de s’y rendre ? etc.
Notre but n’est pas de former des intervenants efficaces en une semaine. Notre rêve est de donner à ces jeunes artistes l’envie de le devenir.
Ce stage est l'occasion pour nous de leur parler comme à des adultes et comme à des artistes ! (Eux à qui l'on s'adresse presque exclusivement comme à des élèves et/ou adolescents). Ce stage est l'occasion pour eux d'échanger leurs points de vue sur l'artiste, le théâtre, l'art, la jeunesse, l'école, le monde… C'est souvent très intéressant, c'est parfois très surprenant, mais c'est toujours très vivant.
Les autres années, nous concluions le stage par un ultime débat où les étudiants du CNSAD étaient invités à prendre la parole à tour de rôle pour raconter la manière dont s'était passé la journée dans les classes. Cette année, nous avons préféré leur demander la rédaction d’un texte. Il s'agissait d'écrire un retour d'expérience "publiable" et personnel. En formulant une telle demande, nous avions conscience avec Véronique Samakh que nous ne "récupérerions" pas autant d'articles qu'il y avait eu de stagiaires !!!! Mais j'étais persuadé que ceux qui feraient l'effort de se mettre à une table avec un stylo entre les doigts écriraient de beaux textes qui dégageraient de façon claire et forte l'ensemble des problématiques qui se posent aux artistes qui se rendent à l'école… Le résultat a dépassé mes espérances. Nous avons reçu une grosse dizaine de textes dont trois ou quatre pourraient faire l'objet d'une publication… Les élèves comédiens n'hésitent jamais à avouer leurs doutes et leurs échecs, mais font toujours montre d'un grand engagement et d'un enthousiasme réjouissant.
A vrai dire, je n'ai pas été surpris de la teneur de leurs propos. Leurs interrogations sont ou ont été les nôtres… En voici une petite synthèse.
[...] Le texte dans son intégralité au format pdf
C'est à elle que Nicolas Lormeau a choisi de donner la parole. Non content de figurer au nombre des acteurs de la Comédie Française, Nicolas Lormeau est en en effet pour les élèves du Conservatoire un professeur de jeu et d'intervention en milieu scolaire. Son témoignage de passeur essentiel a ainsi pu éclairer les " Improvisées du Théâtre au Conservatoire " 2007 d'une double expérience.
On lira ci-dessous, recueillie de manière attentive et sensible, la parole presque intérieure de ces jeunes acteurs qui " affrontent " pour la seconde fois l'univers de l'Ecole, mais soudain, et souvent à leur grande surprise, " de l'autre côté de la barrière "...
Toutes les réactions à ces témoignages sont, comme d'habitude sur Educnet/théâtre, bienvenues sur theatre@education.gouv.fr
Nicolas Lormeau "Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique. Stage élèves de deuxième année : Intervention en milieu scolaire-Synthèse 2007"
« Et depuis ma montre me dit que vers ma mort je n’ai voyagé que deux heures… », c’est ainsi que le prêtre, qui vient d’unir Olivia et Sébastien dans l’épilogue de La Nuit des Rois, mesure le temps qui passe.Car le temps passe. Et, vers notre mort nous voyageons…
L’artiste, peut-être plus qu’un autre, cherchera à faire de ce chemin imposé, un objet de partage d’émotions, de création, d’intelligence, de découverte et de beauté.
Qu’est-ce que l’art ? Que peut l’art ? Pas grand-chose en vérité… Mais le temps passe… Et
sans art, il ne ferait que passer, sans sens et sans but.
L’humanité, depuis toujours, s’est représentée vivante à elle-même, s’est inventé des images et des formes qui transforment son imaginaire, s’est créé des objets inutiles et beaux, médiateurs abstraits de son désir de donner du sens à « tout cela ».
L’art, pour se sentir, se reconnaître humains.
C’est pour cela que je crois nécessaire la présence de l’art à l’école : en leur sein, les êtres humains apprennent leur histoire et acquièrent les connaissances indispensables à leur vie. Sans culture, sans savoir, rien ne serait possible. Oserai-je écrire ici que, sans art, rien ne serait vivant ?
Alors, puisque le temps passe et que vers ma mort je voyage, et qu’il y a vingt ans j’étais au Conservatoire d’Art Dramatique et que naissaient ceux qui y sont aujourd’hui, j’ai eu envie de leur donner envie, à eux, les futurs acteurs, d’aller aussi « faire entrer un peu d’art, un peu de théâtre » dans les classes, dans les yeux et l’imaginaire d’encore plus jeunes qu’eux.
Cette année encore, le stage que nous encadrons avec Véronique Samakh et qui s’appelle « intervention en milieu scolaire » s’est donné comme point d’orgue une journée où les élèves de deuxième année du Conservatoire, répartis en petites équipes de trois ou quatre, rencontrent trois groupes d’élèves d’âges différents (de la Première au CP) pour une séance de deux heures, dans un espace permettant d’y « faire du théâtre ». Les jours précédant cette journée d’immersion dans les classes sont consacrés à la préparation des exercices possibles, des activités envisageables pour un temps si court avec ces classes.
Mais nous organisons également ce que nous appelons des « tables rondes » au cours desquelles il s’agit d’aborder les grandes questions de fond qui se posent à l’artiste intervenant dans les écoles (A quoi ça sert de faire du théâtre avec des adolescents ? Comment travailler en partenariat avec l’enseignant ? Doit-on jouer quelque chose à la fin de l’année, de l’atelier ? Doit-on noter les élèves ? Pourquoi les groupes scolaires chahutent-ils au théâtre ?
Faire du théâtre donne-t-il envie de s’y rendre ? etc.
Notre but n’est pas de former des intervenants efficaces en une semaine. Notre rêve est de donner à ces jeunes artistes l’envie de le devenir.
Ce stage est l'occasion pour nous de leur parler comme à des adultes et comme à des artistes ! (Eux à qui l'on s'adresse presque exclusivement comme à des élèves et/ou adolescents). Ce stage est l'occasion pour eux d'échanger leurs points de vue sur l'artiste, le théâtre, l'art, la jeunesse, l'école, le monde… C'est souvent très intéressant, c'est parfois très surprenant, mais c'est toujours très vivant.
Les autres années, nous concluions le stage par un ultime débat où les étudiants du CNSAD étaient invités à prendre la parole à tour de rôle pour raconter la manière dont s'était passé la journée dans les classes. Cette année, nous avons préféré leur demander la rédaction d’un texte. Il s'agissait d'écrire un retour d'expérience "publiable" et personnel. En formulant une telle demande, nous avions conscience avec Véronique Samakh que nous ne "récupérerions" pas autant d'articles qu'il y avait eu de stagiaires !!!! Mais j'étais persuadé que ceux qui feraient l'effort de se mettre à une table avec un stylo entre les doigts écriraient de beaux textes qui dégageraient de façon claire et forte l'ensemble des problématiques qui se posent aux artistes qui se rendent à l'école… Le résultat a dépassé mes espérances. Nous avons reçu une grosse dizaine de textes dont trois ou quatre pourraient faire l'objet d'une publication… Les élèves comédiens n'hésitent jamais à avouer leurs doutes et leurs échecs, mais font toujours montre d'un grand engagement et d'un enthousiasme réjouissant.
A vrai dire, je n'ai pas été surpris de la teneur de leurs propos. Leurs interrogations sont ou ont été les nôtres… En voici une petite synthèse.
[...] Le texte dans son intégralité au format pdf
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Date de publication : 06/07/2007 17:05

