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La Maison du geste et de l'image à Paris, carrefour entre l'art et l'enfant

Les résidences artistiques et pédagogiques de la Maison du geste et de l'image

Le processus de création en partage

L'acte de création et les ondes qu'il propage dans le public scolaire s'ancre toujours plus profondément dans l'action de la Maison du geste et de l'image.
En 2003, après vingt ans de partenariat avec les collèges et les lycées parisiens et après avoir mené des projets thématiques sur plusieurs saisons, l'équipe de la Maison du geste et de l'image( MGI), en concertation avec ses partenaires institutionnels, la Mairie de Paris, la DRAC Ile de France et le Rectorat de Paris, s'oriente vers un principe d'accueil d'équipes artistiques animées d'un désir d'explorer " autrement " les relations entre acteurs et spectateurs.
En accueillant et en accompagnant ces équipes, l'objectif de la Mgi est de tenter de cerner avec elles l'articulation du point de rencontre avec les publics, d'étudier et de prolonger les répercussions du travail professionnel sur les démarches pédagogiques ou, inversement, de permettre aux artistes d'enrichir leur travail de ces rencontres et des potentialités qu'offrent les espaces de la MGI et de ses équipements.
Croiser les approches et les publics, faciliter les échanges, rendre compte et communiquer pour partager le principe actif de la création au-delà du cercle directement impliqué, susciter et impulser à nouveau, promouvoir la création pour décliner des modes de transmission, d'appropriation et de re-création, inscrire l'artiste et sa recherche au centre de ce qu'il génère sont quelques unes des missions de la MGI dans le cadre de ces accueils.
De leur côté, les équipes de création doivent être fortement engagées dans l'action, artistique aussi bien que culturelle, et être en quête de contacts renouvelés avec les publics. La Mgi ne devient pas un lieu de programmation. Elle réaffirme sa vocation de lieu hybride, de laboratoire, de terrain d'expérimentation des relations entre création et formation.
Les collaborations qu'elle entretient avec d'autres structures culturelles se renforcent au travers du partage d'aventures communes.

EN 2003 - 2004, c'est sur une proposition du Théâtre National de la Colline que la MGI accueille le Studio libre et le projet de Jean Pierre Vincent : fidèle à ses engagements de toujours, Jean Pierre Vincent fait le choix de monter l'une des pièces d'Edward Bond, les Onze Débardeurs, pour provoquer une rencontre avec des adolescents. Dès sa conception, le projet comporte deux parties indissociables, l'une étant le spectacle, l'autre le débat avec le public.
Les questions suscitées par le projet de Jean Pierre Vincent - comment le théâtre peut-il jouer son rôle dans la cité ? peut-il, par l'émotion qu'il communique, favoriser l'émergence d'une conscience citoyenne ? peut-il permettre d'appréhender le réel différemment ?- de même que le choix de l'auteur ou le thème de la pièce s'imposent avec force dans une actualité marquée par le questionnement sur l'école, son contexte social, ses missions. Le sujet ne saurait laisser les enseignants, les élèves, leurs familles indifférents.
De fait, les élèves participent activement au débat mais expriment encore plus volontiers leur point de vue en s'appropriant des extraits ou des thèmes de la pièce dans le cadre d'ateliers menés par leurs enseignants et des intervenants. Près de vingt ateliers théâtre se mettent en place autour de ce projet mais aussi des ateliers cinéma - audiovisuel ou encore photographie. Le thème de la violence inspire de nombreuses représentations, le théâtre ouvre sur d'autres arts. Les élèves répondent au projet de Jean Pierre Vincent en devenant créatifs à leur tour.
L'équipe de la MGI organise et suit l'ensemble des représentations professionnelles, des débats, et le travail en atelier qui en découle. Un dossier pédagogique conçu par Frédérique Plain, assistante de Jean Pierre Vincent, en collaboration avec le Théâtre National de la Colline et la MGI, permet aux enseignants de pénétrer plus avant dans l'univers d'Edward Bond et dans celui de Jean Pierre Vincent. Quelques pistes de travail y sont suggérées pour les enseignants qui ne souhaitent pas s'engager dans un partenariat artistique en atelier. Un week end de formation dirigée par Jean Pierre Vincent complète les modes d'approches de l'univers de l'auteur et du metteur en scène.
A partir du dossier, la MGI ébauche un projet d'outil pédagogique susceptible de faire partager l'aventure et d'en faciliter l'appropriation par d'autres groupes d'élèves. Le support CDROM, facile d'utilisation, très familier aux adolescents, interactif, présente des caractéristiques qui permettent de rendre compte de l'aspect polymorphe des approches des ateliers et de le mettre en regard du travail de l'équipe professionnelle.
Ce projet rencontre le soutien de responsables du théâtre dans l'ex mission " Arts et culture " puis celui du CRDP de Paris avec lequel une convention de partenariat est passée.
Quelques mois plus tard, les partenaires de ce projet ont le plaisir d'apprendre que Les pièces de guerre d'Edward Bond entrent au programme du BAC à compter de la rentrée scolaire 2005.

Comme le montre cet exemple de " résidence artistique et pédagogique ", le projet met en présence un grand nombre de partenaires, il provoque le croisement entre plusieurs champs artistiques et rayonne très largement au travers d'actions multiples. La mutualisation des ressources permet, en quelque sorte, d'en démultiplier les effets.
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En 2004 - 2005, c'est une collaboration avec le Théâtre de la Marionnette à Paris ( TMP ) que la MGI entreprend. Quelle est la place de l'objet dans la représentation ? Comment dialogue t-il avec le texte ? Que permet-il de différent du corps de l'acteur ? Comment l'acteur devient lui-même marionnette ? sont autant de questions que la MGI souhaite partager avec ses équipes et avec le TMP.
Le choix s'oriente vers trois compagnies qui ont pour point commun d'avoir, dans l'année précédente, travaillé avec l'auteur Jean Cagnard.
La cohérence du projet est soulignée à l'occasion de l'opération Lire en fête, en octobre 2004, qui voit le rassemblement à la MGI, autour de Jean Cagnard et de son écriture, des trois compagnies : la compagnie Arkétal dirigée par Sylvie Osman, la compagnie Trois, six, trente dirigée par Bérangère Vantusso et la compagnie Sans voies dirigée par David Ferré.
Dans la semaine qui suit Lire en fête, la compagnie Arkétal propose son spectacle " Les gens légers ", à partir d'un texte de Jean Cagnard, dans le studio théâtre de la MGI et, dans une autre salle, une petite forme, " La loi de l'oie ", toujours de Jean Cagnard, environnée d'une exposition de marionnettes et d'objets divers.
Des classes entières peuvent ainsi découvrir l'univers d'Arkétal sans être engagées dans un atelier. Certains enseignants responsables d'ateliers artistiques peuvent inviter d'autres élèves à cette rencontre et élargir ainsi le rayonnement de leur action au sein de leur établissement.
En novembre - décembre, Bérangère Vantusso s'installe à la MGI pour développer certains aspects de sa nouvelle création : " Va où " sur un texte de Valérie Rouzeau, dont une première forme a été présentée à la Maison de la Poésie en septembre. Les accueils d'ateliers en cours de travail, les mises en route d'ateliers, les moments de formation d'adultes se succèdent au cours des semaines qui précèdent les deux journées de présentation publique de la nouvelle forme qu'a prise le spectacle.
Enfin, en mars - avril 2005, David Ferré, qui a multiplié les rencontres avec les groupes d'élèves dans le cadre de sa recherche sur son nouveau travail : " 999 croquis ", dont la trame avait été élaborée à l'Institut International de la Marionnette de Charleville Mézières deux ans plus tôt, prend possession du studio à son tour pour y rassembler tous les éléments constitutifs de son " chantier ouvert au public ".
S'inspirant de textes d'élèves, retravaillés par lui-même et de textes d'urbanistes, David Ferré construit une ville imaginaire qui entre en dialogue avec ceux qui la traversent, qui les modifie comme ils la modifient. Fluidité du public, immatérialité des éléments, échanges de regards, d'impressions, d'indications, en cours de performance sont autant d'indices et de questions sur la fonction de la représentation qui est ici, tout, sauf un spectacle.

La rencontre de ces trois compagnies constitue une sorte de parcours d'initiation au travail théâtral : d'abord un spectacle, déjà dans sa forme aboutie, puis un re-travail à partir d'un cadre déjà testé, enfin la mise en chantier à partir d'une trame et des fruits récoltés en résidence. La question de la position du public, de son rôle dans le spectacle, est de plus en plus présente pour devenir l'objet même de la représentation. Le spectateur devient acteur.

Dans les ateliers, ce travail sur l'objet se révèle très déstabilisant. Sous une apparente facilité, les élèves expérimentent la difficile complémentarité des compétences à mettre en œuvre. La discipline est beaucoup plus exigeante qu'elle y paraît. Les écueils sont nombreux. Guignol et ses souvenirs d'enfance, laisse la place à un univers implacable de rigueur, d'attention, d'entraînement, univers qui réussit cependant très vite à fasciner les élèves. L'exigence est dynamique.
Les empreintes laissées par ces compagnies sur le travail des élèves en atelier sont très fortes surtout lorsqu'ils ont pu travailler en direct avec les résidents. Elles peuvent être décelées lors des présentations qui ont lieu à la MGI en cours ou en fin d'année.
Au mois de mai, une semaine de journées portes ouvertes est réservée pour une mise en regard du travail des résidents et des élèves. Le public peut alors se faire sa propre idée de ce qui a pu s'échanger dans ces rencontres. Il peut s'essayer, avec nous, à percer le mystère de la relation entre le théâtre et son public. Les questions sont bienvenues. Elles sont en résidence permanente à la MGI.

Evelyne Panato
Directrice de la Maison du Geste et de l'Image

Date de publication : 10/02/2006 18:14

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