Les vers de René Char ont pouvoir d’accompagner notre vie. C’est là une force qu’ils ont en partage, sans doute, avec l’œuvre de tous les grands poètes, mais les premiers échos du centenaire Char ne cessent de le confirmer. Au rebours des préjugés que traînerait avec elle un œuvre réputée, croit-on, difficile ou incommode, de multiples histoires particulières, des itinéraires souvent intimes, escortent ces vers dont la puissance nourricière défie la segmentation.
On a dit souvent que la poésie de Char était proche de l’aphorisme: cette analyse n’empêche pas le contraire de se vérifier. Certes parfois « sentencieuse » cette œuvre est avant tout mystérieuse, ce qui ne veut pas dire impénétrable ; elle fuit l’inflation et l’assertion grandiloquente pour se ramasser dans un verbe nécessaire. L’alliance d’une profération sans détour et d’un non-dit concerté, le jeu du caractère et du blanc de la page y créent l’espace où chaque lecteur-auditeur peut ainsi co-signer.
C’est pourquoi tant de faits humbles ou décisifs (vœux de Nouvel an, fiançailles, lettres, articles…) s’ornent des textes de Char ou prennent essor à partir d’eux. A ce jeu l’œuvre du poète se prête avec indulgence et comme de bonne grâce. Le centenaire était donc l’occasion idéale pour donner voix à ses captations particulières, à ses lectures résolument subjectives, parfois anecdotiques, parfois aussi révélatrices d’une profondeur insoupçonnée. A compter de février 2007, il est proposé à chaque lecteur de Char qui souhaiterait raconter ce type de rencontre avec le texte, de l’écrire.
A l’enseigne d’un extrait de La Bibliothèque est en feu : « L’éclair me dure » (dans La Parole en archipel ), chacun, quels que soient son âge et son degré de familiarité avec l’œuvre, est invité à témoigner de son itinéraire avec un poème, un fragment, ou un recueil. La forme et le volume de ce témoignage sont libres : quelques lignes ou plusieurs pages, un récit, un poème, un dialogue, anonymes, signés ou encore écrits sous pseudonyme… La page blanche ci-dessous et le cadre qui l’ouvre sont une invitation à poursuivre ad libitum.
Vu le succès, prolongation pour l'envoi jusqu'au 31 décembre 2007
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Quelques exemples, certains déjà présents sur le site Educnet Théâtre :
Philippe Morier-Genoud raconte, à la fin du récit de sa visite à René Char en compagnie de Giorgio Caproni, que son fils avait appris « pour l’école », à son insu, le poème : « Fumeron » dans les
Chants de la Balandrane. Apprenant ce choix, René Char recopia de sa main le poème, et le dédicaça à son jeune interprète.
Le Lycée Jean Prouvé de Lomme (59) a choisi pour ses vœux 2007, non sans humour, cette phrase extraite de
Recherche de la base et du sommet : « L’impossible, nous ne l’atteignons pas, mais il nous sert de lanterne. » Commentaire de Pascal Hary, proviseur : « Certes administrative, [cette carte] prouve que René Char n’est pas absent de notre quotidien. » Le lycée engage une action de mise en voix radiophonique, autour des émissions de radio qu’y anime depuis des années Jeannine Steinling, professeur de lettres.
Christian Rist, metteur en scène, créateur et directeur du Studio prosodique, a choisi « Joie », dans
Le Nu perdu, en ouvrant les
Œuvres complètes au hasard. Il se livre à une exploration détaillée de cette rencontre aléatoire dans l’entretien qu’on peut lire sur le site Educnet/théâtre : « Le poème et le porteur de parole ».
A venir :
Marie-Louise Issaurat, connue comme poète sous le nom de Claude Ber, proposera un choix dans
Feuillets d’Hypnos où elle développera la notion de résistance : de la Résistance historique à la résistance du texte comme essence du poétique, à travers la figure de son père, résistant sous le nom de commandant René, du groupe FFI Alexander (actif dans les Alpes Maritimes, les Hautes-Alpes et le Var).
« La manne de Lola Abba », dans
Le Marteau sans maître, témoignage anonyme d’un professeur de théâtre.
Et bien d’autres…
Les textes qui parviendront à l’Inspection générale de lettres avant le 4 mai 2007 pourront être retenus pour faire partie des actes du colloque national « Dire René Char », le 18 mai à Paris. Ils seront proposés pour les scansions poétiques qui rythmeront cette journée. Tous seront mis en ligne sur Educnet/théâtre.
Dernière mise à jour : 15/05/2007