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Compte rendu du séminaire ANTER

Séminaire ANTER 2002 : concertation Etat - collectivités territoriales pour l'aménagement numérique du territoire

Par Marc Guiraud, animateur de la table-ronde 
marc.guiraud@L-aef.com

Comment lutter contre la "fracture numérique" en terme de réseaux à haut débit sur le territoire français et comment maintenir une "égalité d'accès" pour l'ensemble du système éducatif - enseignants, élèves et parents - afin qu'il n'y ait plus de zones numériquement défavorisées? Comment permettre à tous d'accéder aux ressources d'Internet, d'utiliser les TIC pour l'enseignement? Comment corriger les fortes disparités d'accès, de câblage et d'équipements des établissements scolaires, d'enseignement supérieur et de recherche? Comment l'Etat et les collectivités territoriales peuvent-ils travailler ensemble sur ces questions? Par ailleurs, que sait-on des usages des TIC pour l'enseignement? Comment mutualiser les connaissances en la matière? Quels méthodes et impacts pédagogiques? Telles sont les questions qui ont été abordées lors de ce séminaire. Elles se posent alors que le ministère de la Jeunesse, de l'Education nationale et de la Recherche a produit en mars 2002 un "schéma stratégique des systèmes d'information et des télécommunications" pour la période 2002-2004, fruit du travail de 800 personnes, ainsi qu'un "schéma directeur des infrastructures", "document unique pour une culture commune au sein de l'Education nationale, permettant de dialoguer avec tous les interlocuteurs".

Le séminaire a notamment permis d'entendre les témoignages d'expériences menées dans les académies de Grenoble-Lyon, Aix-Marseille, Rouen, Amiens, Bordeaux et Poitiers. L'idée de rencontres entre administration centrale et associations de collectivités territoriales a été plusieurs fois évoquée, notamment lors de la table ronde d'ouverture, mardi 11 juin..

Contresens majeur

Pour Daniel Kaplan, délégué général de la FING (Fondation Internet nouvelle génération), "on pose le problème en terme d'égalité. Mais l'aménagement du territoire, c'est aussi de la concurrence pour attirer ou garder les entreprises. C'est aussi un projet qui varie d'un territoire à l'autre. Par ailleurs, en terme de TICE, nous parlons d'une cible mouvante et peut-être impossible à atteindre, même s'il faut continuer à la viser. Ce qui est difficile, c'est de vivre durablement avec des différences importantes de niveau, quantitatives et qualitatives. Les débats sur la pédagogie sont loin d'être clos. Les visions pédagogiques sont très variées". Par ailleurs, "les TIC ne sont pas une fin en soi mais un outil au service des disciplines, ce qui signifie qu'il faut raisonner en terme de méthode de travail et aider les enfants à acquérir une compétence sur manière d'apprendre avec les TIC". Enfin, il y a, selon lui, un contresens majeur des industriels et des promoteurs du e-learning, qui pensent "propositions de contenu" alors que "depuis le téléphone, les utilisateurs montrent que pour eux, les réseaux sont avant tout un moyen d'échanger. Il est possible d'imaginer avec une volonté globale au delà de l'enseignement et de la recherche que RENATER soit au cœur d'une ambition plus importante pour la jeunesse, la recherche, l'éducation, le développement économique et social, comme un outil permettant le développement du haut débit. Au Canada, les réseaux sont des leviers par lesquels le pays à coup de financements publics et privés transforme son territoire".

Inverser le processus

Alain Costes, directeur de la technologie, réagit à Daniel Kaplan pour qui les régions se vivent souvent comme concurrentes. "C'est justement notre grande chance d'aboutir. Nous devons jouer la concurrence pour arriver à l'égalité. Et il faut inverser le processus. L'Etat ne devrait pas discuter avec les collectivités territoriales en position de demandeur mais se positionner comme force de proposition. Car aujourd'hui, une entreprise internationale a trois critères principaux pour décider de s'implanter dans une région: les formations présentes, un haut niveau de recherche, et seulement en troisième position, les subventions offertes par les collectivités. Il y a donc un intérêt majeur, en terme de développement économique des territoires, à utiliser les TIC pour installer du potentiel d'enseignement et de recherche dans les villes moyennes."

Susciter la concurrence

Marie-Françoise Simon-Rovetto, directrice de l'administration au ministère de la Jeunesse, de l'Education nationale et de la Recherche, souligne qu'il est désormais possible de mettre en concurrence "le monopole de l'opérateur historique". "Dans les zones urbaines et périurbaines, la concurrence entre opérateurs fonctionne car ils attendent un retour sur investissement. Dans les zones où l'opérateur historique est seul, il faut susciter la concurrence. Et puis il y a les zones de carence, avec une faible densité de population, qui n'intéressent pas les opérateurs: cela doit être un champ d'intervention de la puissance publique". Elle insiste par ailleurs sur la volonté de l'administration centrale d' "écouter les points de vue des différents partenaires, avant de mettre en avant, avec pragmatisme, souplesse, des objectifs réalistes" et elle souligne l'intérêt de l'outil constitué par le schéma stratégique des systèmes d'information et des télécommunications 2002-2004.

Questions de rentabilité

Nathalie Guichard, chargée de mission TIC auprès du préfet de la région Auvergne, explique que les collectivités territoriales ont intérêt à se regrouper. "Ainsi, les 20 départements du Massif central et du Berry se coordonnent pour monter un projet cohérent en terme de réseaux, qui doivent accueillir non seulement l'Education nationale et la recherche, mais aussi les entreprises, les hôpitaux, ainsi que toutes les administrations de l'Etat et des collectivités territoriales. Développer des tels réseaux coûte cher. Les collectivités se posent des questions de rentabilité, de mise en œuvre, de modalités juridiques délicates."

Impact pédagogique

Jean-Pierre Finance, délégué général de la CPU (Conférence des présidents d'universités) souligne que "les universités sont à la fois en relation de complémentarité et de concurrence. Dans ce contexte, l'appropriation des technologies est un élément important, en relation avec l'autonomie des établissements. Mais ces TIC peuvent aussi se transformer en piège si on ne prend pas garde à avoir une maîtrise raisonnée de introduction des outils. Car la pédagogie liée aux TIC est difficile et leur usage n'est pas maîtrisé. Il faut travailler sur la dimension stratégique au niveau des établissements et de l'Etat. Il faut un vrai débat entre le pédagogue, le technicien et le chef d'établissement pour une stratégie définie collectivement". Jean-Pierre Finance est d'accord avec Alain Costes pour estimer qu'il y a des "efforts à conduire pour obtenir des modifications de comportements des établissements et des équipes enseignants". Alain Costes ajoute que la modification du statut de l'enseignant-chercheur est indispensable pour que soient pris en compte dans son évaluation tout le travail fait avec les TIC.

Environnement éducatif encadré

Bernard Cornu, directeur de la Villa Média, estime que "les usages pédagogiques évoluent aussi vite que TIC. Les premiers lauréats de la Villa seront accueillis d'ici quelques semaines. Les TIC supposent un changement dans le métier d'enseignant: on est tous capable de parler du futur à 10 ans mais nous sommes démunis pour évoquer le futur immédiat." Pour lui, "éditer, former, et penser que cela provoquera une révolution pédagogique est une erreur. Tous les secteurs sont concernés en même temps par cette question, il faut tout faire avancer en même temps, et en même temps, il ne faut pas sauter les étapes. Les enseignants doivent tout traiter à la fois: l'accès aux savoirs, les savoirs eux-mêmes. Qu 'est ce que le savoir? Les TIC donnent aux savoirs une dimension plus collective qui implique des changements profonds dans l'exercice du métier. Bien sûr, le mail change la relation pédagogique, mais il ne suffit pas de provoquer le foisonnement pour que l'évolution se fasse de façon positive. Les équipements ne contiennent pas la démarche pédagogique en eux. Le rôle du système éducatif est aussi de garantir une validation et une généralisation des évolutions et donc de se doter d'outils pour que ça prenne un tour plus définitif. Mais si les politiques sont trop définies, elles se transforment en normalisation. Or les TIC marchent de mieux en mieux si les enseignants sont dans une démarche de liberté intellectuelle. La notion d'environnement de travail prend un tour de plus en plus complexe: elle comprend le portail, l'outil électronique, et pas seulement tel logiciel ou telle ressource. On devrait d'ailleurs parler d' 'environnement éducatif intégré'. Les TIC ne sont pas là que pour faire de la pédagogie dans la classe avec les élèves, mais c'est aussi pour repenser le métier d'enseignant, pour travailler avec des collègues, pour accéder à des ressources."

Pionniers lassés

Pour un représentant du Conseil régional de Bourgogne, "quand on équipe bien un établissement, comme le lycée européen Charles de Gaulle à Dijon, il n'y a pas de problème avec la pédagogie. Les pionniers sont là, les machines aussi, de plus en plus, mais pas les réseaux. L'Etat nous dit: réfléchissez, soyez ensemble. Je lui réponds: rattrapons vite le retard sur le haut débit, sinon nous allons démotiver les pionniers et les familles."

Un représentant de l'académie de Lille demande "une ligne directrice de la part de l'Etat, et que l'administration centrale nous aide à fabriquer des maquettes en e-learning, car sinon, une académie est vite saisie par le conservatisme".

Un représentant du Conseil général de la Meuse demande à l'Education nationale "quelles assurances elle [lui] donne que les salles de classe sont pas transformées en éprouvettes": "Un schéma de développement des usages est il imaginable?"

Trois défis

Au nom de Clara Danon, sous-directrice des technologies de l'information et de la communication pour l'éducation, à la Direction de la technologie, Béatrix Desmaison, son adjointe, déclare qu' "il faut prendre en compte les publics spécifiques au sein de l'Education nationale": "Les technologies sont un moyen d'étudier pour les malades, les handicapés, les sportifs, les empêchés temporairement, ainsi que pour les besoins nouveaux autour de la formation tout au long de la vie. Il faut aussi absolument prendre en compte la nouvelle réalité socioéconomique et l'ouverture sur les entreprises, sur les parents, sur l'enseignement à domicile et sur le nomadisme: ce sont des raisons pour développer les infrastructures. Premier défi, celui que L'Education nationale s'est donnée à elle-même: réussir à se présenter de façon coordonnée face à ses interlocuteurs extérieurs. Le deuxième défi est en direction de tous les aménageurs du territoire: nous devons prendre en compte l'extrême diversification des besoins de la petite école rurale au grand centre de recherche. Tout nivellement a un effet désastreux. Troisième défi: que la gestion, la pédagogie et la recherche qui ont des besoins et des contraintes différents puissent élaborer une infrastructure commune en gardant leurs identités. L'enjeu est de prendre en compte tous les besoins sans mettre en cause le niveau de sécurité indispensable. Enfin, il ne faut pas s'arrêter à la mise en place de l'infrastructure matérielle mais il faut que les usages existent dans les classes grâce à des leviers: la généralisation du B2I (Brevet informatique et Internet) à l'école et au collège puis au lycée et le C2i (certificat de compétences informatique et internet) dans l'enseignement supérieur. Aucun enfant ou étudiant ne doit sortir sans avoir cette compétence. Toutes les réformes, TPE, PPCP intègrent les TIC. Mais beaucoup de travail reste à faire pour généraliser les usages au service des apprentissages."

Interpellation

Pour Gilles Fournier, chef du service du pilotage des services académiques et de la modernisation, adjoint à la directrice de l'administration, "les collectivités territoriales interpellent l'Etat sur trois aspects de son action: quel rôle en tant que stratège: comment réduit-il les incertitudes en terme de développement de réseaux hauts débits ou en terme d'usage des TIC dans les établissements? Quel rôle de l'Etat partenaire: l'Education nationale est dans un domaine de compétence partagée. Et quel rôle de l'Etat co-financeur? 2003 sera le mi parcours de la mise en œuvre des contrats de plan Etat région: c'est l'occasion d'y intégrer en plus du plan U3M l'aménagement numérique du territoire. Il faut une action de stimulation et accepter un environnement instable. Il faut passer du stade des défricheurs au stade des arpenteurs. Les enjeux sont dans les modalités pédagogiques et la transmission des savoirs et compétences. Le pôle d'action est dans les académies qui sont les lieux les plus propices au développement des usages. Les recteurs doivent recenser pour mieux prévoir et mieux savoir dans quels domaines s'inscrivent les problématiques. Il faut travailler avec les utilisateurs, qui sont les premiers concernés et doivent être associés. Fédérer les initiatives et mutualiser les projets: avec le souci constant d'obtenir le meilleur usage au meilleur coût, donc éviter les redondances et avoir des échanges."

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Date de publication : 10/02/2006 15:52

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