Introduction : l'accompagnement, un enjeu majeur de société

Olivier Dugrip, recteur de l'Académie de Dijon, accueille les participants et expose la problématique d'accompagnement à la scolarité à laquelle la Bourgogne, région rurale, est confrontée. Il parle d'un contexte délicat de forte baisse démographique puisque "en l'espace de 20 ans l’académie de Dijon a perdu plus de 20% de ses effectifs scolaires dans le premier et le second degré". Dans le second degré, l'académie est passée de 158 000 élèves à 131 000 et a perdu 2 795 élèves cette année. La région compte plus de 30 000 élèves en difficulté.

"Ces deux projets ont permis d'aller vers l'égalité des chances au travers des TIC par un suivi hors temps scolaire", poursuit Olivier Dugrip. "La nécessité d'un encadrement pédagogique continu se fait sentir à toutes les étapes."

Autre exemple évoqué par le recteur, l'opération 100 000 étudiants pour 100 000 collégiens. Ce projet intéresse l'université de Bourgogne, l'ENSAM de Cluny, l'ESC Dijon et "a suscité le plus d'adhésion". Il concerne 47 établissements scolaires avec "l'intervention de centaines d'étudiants auprès de 1 500 élèves". Les réalisations "sont encore modestes, mais leur existence et leur réussite sont de bonne augure pour leur développement et doivent être une base de réflexion pour tous les acteurs du système éducatif". Selon le recteur, "avec de l'imagination, de la volonté, quelques moyens financiers et humains – qui peuvent être modestes –, on peut réussir à combiner accompagnement à la scolarité, égalité des chances, TIC et réussir un pari". 
vue de l'assistance
Une vue de l'assistance

Le numérique se généralise  

"L'Éducation nationale attache beaucoup d'importance à l'accompagnement à la scolarité, comme en témoigne la présence dans la salle de deux recteurs et de nombreux haut responsables éducatifs", souligne Benoît Sillard, sous-directeur des technologies de l'information et de la communication pour l'enseignement au ministère et délégué aux usages de l'Internet. "Les chiffres sont là pour dire à quel point nous sommes en train de vivre une révolution numérique. Ils ont considérablement évolué depuis le séminaire d'Amiens, il y a un an, pour dépasser les prévisions qui pouvaient paraître à l'époque optimistes." Fin 2005, 49,5% des foyers étaient équipés d'un ordinateur pour plus de 55% fin 2006, avec une perspective de 61% pour 2007. "C'est tout à fait considérable, il s'agit du rythme de croissance le plus fort constaté depuis 13 ans." Pour la connexion Internet, "les chiffres sont encore plus importants" : fin 2005, 38% des foyers avaient accès, pour 46% en 2006, avec des perspectives pour 2007 estimées à plus de 54%. Sur le haut débit, "les chiffres sont encore plus impressionnants" : 28% des foyers connectés fin 2005, 39% fin 2006 et une perspective pour 2007 de plus de 50%. Cela représente plus d'un million de foyers par trimestre.  

"Le rythme de progression est extrêmement fort et témoigne d'un rattrapage extrêmement important puisque la France est passée, pour le haut débit, en tête des pays européens et devance largement l'Allemagne et la Grande-Bretagne", continue Benoît Sillard. Pour les foyers avec enfant, "l'évolution est extrêmement favorable" avec des taux d'équipement proches de 80%. Plus des deux tiers des foyers avec enfant sont équipés en haut débit, "selon les dernières approximations" puisque les chiffres ne sont pas encore disponibles. "Il n'est pas déraisonnable de penser qu'en 2008 on approchera des 90%. Pour les jeunes, l'utilisation est massive. Ils passent d'ailleurs largement plus de temps devant l'ordinateur que devant la télévision. Leur utilisation des technologies concerne aussi les devoirs et les travaux de classe, pour 80 à 85% d'entre eux. Il s'agit donc d'un changement complet en l'espace de trois à quatre ans. Les foyers équipés signifient des usages massifs, y compris dans le domaine de l'éducation."  

Benoît Sillard parle d'une "différence d'usage entre les « immigrants » – ceux qui ont démarré sans Internet dans la vie – et les « natifs » -ceux qui ont moins de 20 ans et nés avec la génération Internet-". Les dernières enquêtes montrent que les « immigrants » ont des usages qui sont le reflet de leurs habitudes de vie, de manière utilitariste pour gagner du temps et par commodité" avec la messagerie, la gestion des comptes, la réservation de billets, etc. Les jeunes sont deux fois moins nombreux à adopter ce genre de pratiques. En revanche, "l'essentiel de leur activité est consacré à la communication : chat, téléchargement, échange, etc. Il est important de garder ça à l'esprit et il faut prendre en compte que l'attente des jeunes n'est pas forcément celle que l'on a en tête. Le besoin d'une prise de conscience se fait sentir : est-ce que c'est ça qu'ils attendent ? Faisons-nous du simple placage de technologie à côté de la demande réelle ?"  

"Reste un pourcentage non négligeable de jeunes qui n'a pas accès à l'Internet", poursuit Benoît Sillard. "Il faut une réponse appropriée pour les 5%, 10%, 15% afin qu'ils aient les mêmes chances que ceux équipés. C'est tout l'enjeu du séminaire. L'importance de la notion de partenariat est fondamentale, car ce serait une erreur que l'Éducation nationale s'engage seule. Il faut mobiliser les collectivités territoriales, les éditeurs, les associations. Il fallait arriver à passer de l'étape d'expérimentation, valable dans des circonstances particulières, à celle de la généralisation. Dans quelles conditions ? Il ne s'agit pas de faire des expérimentations pendant des années. Le mouvement est massif, il faut répondre rapidement sinon il y aura dans deux ou trois ans des laissés-pour-compte. Nous en portons la responsabilité, il faut que financièrement ce soit possible. C'est une des caractéristiques des projets retenus."  

Après l'appel à propositions lancé par le ministère en 2006, "il faut au moins mutualiser les initiatives et au mieux constituer des rôles pour avoir deux ou trois projets à l'issue. Il y avait intérêt à ouvrir pour que tout le monde puisse déposer un dossier, il y a un moment où il faut rassembler les forces pour répondre au défi de l'urgence dans lequel nous nous trouvons, estime Benoît Sillard. J'espère que ces deux jours permettront de nouer des partenariats."  

Benoît Sillard rappelle qu'il quitte ses fonctions dans un mois et souligne que l'accompagnement à la scolarité constitue un "projet clé dans le succès des TIC". Il "souhaite une généralisation dès l'année prochaine" car il s'agit d'un "enjeu majeur de société" qui touche "l'accès à l'emploi et l'échange avec l'autre". Pour lui, "chaque année perdue est autant d'enfants laissés au bord de la route", les acteurs réunis ont donc une "responsabilité majeure".

Dernière mise à jour : 25/04/2007