L'acquisition de la grammaire
a- La grammaire par les textes
Etudier d'authentiques faits de langue
"L'apprentissage du vocabulaire et de la grammaire est subordonné à la lecture, c'est-à-dire à la rencontre, dans les textes, des faits de langue".
Il ne s'agit pas d'étudier l'ensemble des faits de langue présents dans un texte mais celui qui est fortement lié au texte par son sens.
Par exemple, au cours d'une séquence consacrée à Rome et la Gaule, on peut observer l'utilisation que César fait du passif dans la scène de reddition de Vercingétorix : "Mittuntur de his rebus ad Caesarem legati. Iubet arma tradi, principes produci. Ipse in munitione pro castris consedit : eo duces producuntur ; Vercingetorix deditur, arma projiciuntur. " Le commentaire sur la valeur de ces passifs dans la narration du général est renforcé par la comparaison avec celle de Plutarque : "Le chef suprême de la guerre, Vercingétorix, prit ses plus belles armes, para son cheval et franchit ainsi la porte de la ville. Il vint caracoler en cercle autour de César qui était assis, puis, sautant à bas de sa monture, il jeta toutes ses armes et s'assit lui-même aux pieds de César, où il ne bougea plus, jusqu'au moment où César le remit à ses gardes en vue de son triomphe."
Aborder l'étude de la langue en fonction des textes
"Les outils de lecture, lexique, morphologie, syntaxe, sont étudiés en fonction des types de textes".
La grammaire est ainsi étudiée de façon fréquentielle, afin de permettre l'acquisition de règles simples et utiles pour lire et traduire.
"Les élèves mémorisent les faits de syntaxe à partir de leurs occurrences dans les textes lus de manière organisée mais non exhaustive".
Certaines structures très fréquentes sont ainsi abordés dès la 5e, comme, par exemple, l'ablatif absolu et la proposition infinitive.
Conduire une approche progressive de la langue
On doit bien différencier les étapes dans l'apprentissage d'une notion : observer, identifier, mémoriser, restituer.
Souvent les manuels proposent toutes les étapes en une seule séance, or peu d'élèves sont capables d'assimiler aussi rapidement.
La conduite de l'apprentissage varie selon les niveaux :
"En 5e, l'élève observe les faits de syntaxe et de langue qu'il s'habitue à identifier et qu'il assimile et mémorise progressivement.
En 4e, les apprentissages deviennent plus systématiques.
En 3ème, cet apprentissage méthodique et progressif permet aux élèves de reconnaître les caractéristiques d'un extrait en fonction des formes de discours auxquels il se rattache (narratif-descriptif, explicatif-argumentatif) et des situations d'énonciation."
On doit graduer la difficulté et bien identifier avec les élèves la compétence à maîtriser.
Voici par exemple un ensemple de compétences pour maîtriser la déclinaison :
je sais identifier le cas d'un nom à l'aide d'un tableau
je sais réciter les terminaisons d'une déclinaison
je sais réciter le tableau de correspondances fonction-cas
je sais identifier une fonction en français
je sais distinguer radical et terminaison, compétence plus ou moins complexe selon la déclinaison
je sais identifier la classe grammaticale d'un mot en français et en latin
je sais identifier à quelle modèle de déclinaison se rattache un nom
je sais analyser un nom en latin
La capacité des élèves à acquérir telle ou telle compétence est très variable. Il est indispensable de mettre en place des temps d'acquisition pour travailler sur les méthodes d'apprentissage.
On doit mesurer le degré d'exigence dans la maîtrise des compétences et définir s'il faut que l'élève sache les mettre en oeuvre seul ou à l'aide d'outils.
"L'accès à la lecture des textes nécessite la reconnaissance puis la maîtrise des éléments de syntaxe qui les construisent, ainsi que la reconnaissance des indices formels que sont les suffixes et les terminaisons. Le système des désinences casuelles et celui des désinences verbales, présentés en tableaux simples, sont proposés d'emblée de façon synthétique. Ces tableaux apprennent à reconnaître par des comparaisons les ressemblances dans la diversité des systèmes. "
Cette imprégnation progressive suppose la mise en place d'outils clairs qui permettent de visualiser la progression et de clarifier par étapes les acquis. Des moments de révision et de synthèse collective permettent de les réactiver régulièrement.
L'observation du fonctionnement d'une langue ancienne permet de mieux comprendre sa propre langue.
b- La morphologie
La maîtrise de la totalité d'une flexion n'est pas indispensable pour comprendre un texte.
Par exemple les désinences verbales t / nt / tur/ ntur, aisément repérables, suffisent pour aborder les textes narratifs.
A partir d'elles on peut opérer un classement des formes verbales et observer la formation des temps.
Ce travail régulier d'identification facilitera la mémorisation ultérieure.
Voici des exemples de découverte de flexion à partir d'un texte :
amicus, amice, amicum ... (Yves Ouvrard, Poitiers)
Découvrir la troisième déclinaison à partir d'un texte (Dijon)
L'objectif final des apprentissages morphologiques est la capacité à identifier les formes puis à les traduire en contexte :
faire produire une forme latine peut être un moyen de faire comprendre la flexion, mais ce n'est pas une compétence requise pour lire ou traduire un texte.
Par exemple beaucoup d'élèves peinent à produire le radical d'un nom de la troisième déclinaison ou d'un verbe au parfait. Cette compétence est longue à mettre en place mais elle relève du thème et n'est pas indispensable à la traduction d'un texte.
il s'agit de passer de l'identification juste en langue ancienne à la restitution juste en français :
ainsi en conjugaison, il est inutile d'apprendre à transposer directement le mode subjonctif, il ne se rendra pas par un subjonctif (subordonnées en cum, interrogatives indirectes etc…) ou la concordance des temps au passé ne s'exercera pas en français.
Dans les outils de mémorisation et dans les pratiques, il faut lier l' apprentissage de la morphologie :
à celui du lexique (mots classés par catégories grammaticales, noms classés par déclinaisons) pour faciliter les réflexes d'identification et le tri des formes.
à celui de la syntaxe, mettre en regard par exemple la formation du participe et le génitif/ablatif absolu
c- La syntaxe
La syntaxe repose sur un ensemble de mots-outils qui structurent les textes. Leur repérage en contexte et leur mémorisation est indispensable dès le début de l'apprentissage.
Une langue est un mode de pensée, les mots-outils ne sont pas forcément à traduire, mais servent à comprendre les liens de sens (addition/ disjonction/ opposition etc ...)
Le traitement de texte est un outil qui permet de structurer le texte au fur et à mesure de la progression ou en préalable à l'étude.
Un exemple de structuration en grec (Versailles)
Un exemple de structuration en latin (Rouen)
Il faut montrer le lien de ces mots avec des structures syntaxiques : comprendre les liens de rection entre préposition et nom, conjonction de subordination et mode, type de négation et type d'énoncé. Au contraire, faire prendre conscience que les conjonctions de coordination ou les adverbes de liaison n'ont pas d'incidence sur la flexion.
Il faut aussi étudier dès le début de l'apprentissage les structures caractéristiques se passant de mots-outils comme le génitif/ablatif absolu et l'infinitive.
Acte de vente d'une petite esclave
Progressivement on apprend les structures attendues en fonction du type de texte et de son auteur(ablatifs absolus chez César, absence de l'auxiliaire esse chez Tite Live ... ) ; on commence ainsi l'initiation au style propre à une époque, un genre, un auteur et on fait prendre conscience aux élèves qu'il n'y a pas un latin ou un grec, mais divers états et niveaux de langue.
d- Les outils
Grec
MEMNHMAI (Hellénis'TIC sur Musagora)
Précis de Grammaire grecque (Odoi elektronikai)
Latin
Précis de Grammaire latine (Itinera elektronika)
Un ensemble de programmes et d'outils (Yves Ouvrard, Poitiers)
Fabriquer des exercices avec hotpotatoes (Marseille)

