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Les pratiques de lecture

Dans l'approche des textes authentiques, il faut distinguer soigneusement les enjeux de la lecture de ceux de la traduction et l'expliquer aux élèves en cours d'activité.

La lecture permet d'aborder des textes suffisamment longs pour qu'ils puissent être porteurs d'un héritage à interroger.

"La lecture d'extraits des grandes oeuvres fonde une culture commune. Les textes en traduction française sont utilisés pour mettre en perspective un extrait dans un ensemble de scènes, de fables, de chapitres, ou pour un travail de lecture défini".

La lecture peut prendre des formes variées qui n'incluent pas nécessairement un exercice de traduction. Elle vise la compréhension du texte et l'acquisition progressive de compétences culturelles et linguistiques.

"Les pratiques de lecture incluent des exercices variés, oraux et écrits : repérages et identifications, analyses, formulations d'hypothèses de lecture à partir de questions, leur justification, traduction de quelques lignes, résumés en français, comparaison de plusieurs traductions d'un même passage, comparaison avec une image, illustration d'image, récitation d'extraits".

La lecture est un préalable indispensable à la traduction. Apprendre à bien lire permet d'acquérir des compétences pour bien traduire.

En latin, au cycle central, "la traduction et l'exercice de version sont des formes et des prolongements parmi d'autres de la lecture".

Les trois années de collège permettent un apprentissage très progressif de la traduction personnelle ; on attend des élèves qu'ils deviennent autonomes au cours de la troisième sur un texte court placé dans son contexte.

"En 3ème, la lecture des textes reste au centre de l'apprentissage. L'activité de traduction s'appuie sur l'activité de lecture et la complète. Par étapes, les élèves acquièrent les compétences nécessaires à l'élaboration d'une traduction personnelle orale ou écrite. L'accent est donc porté sur leur autonomie plus grande dans la pratique de la traduction."

Pour apprendre à traduire personnellement, il faut apprendre à utiliser la traduction des textes pour accéder au sens des textes grecs ou latins.

" Dans ce contexte, les élèves ont parfois à utiliser de manière plus méthodique une traduction française pour accéder au latin."

Comment acquérir des compétences de lecteur efficace ?

A- Travailler sur sur le texte nu pour créer de bons réflexes de lecture

Etre lecteur d'un texte n'est possible que si l'on a, professeur comme élève, un intérêt pour le thème du texte.

Le professeur met donc en scène et en texte l'activité de lecture.

La lecture suppose de mobiliser ce que l'on sait pour accéder à l'inconnu et se rattache donc au vécu et à la culture du lecteur.

Objectifs

Etre immergé dans de la langue authentique sans prendre peur

Eveiller la curiosité pour l'inconnu par la formulation d'hypothèses argumentées sur le texte

Appuyer ses hypothèses sur des connaissances culturelles et linguistiques

Infirmer ou confirmer progressivement ses hypothèses par la mise en relation des divers éléments identifiés

 

Avant même la lecture

Apprendre à formuler des hypothèses avant de s'engager dans le texte pour le percevoir dans sa globalité et créer une attente


Observer la forme du texte pour en déterminer le genre (récit mythologique, vers, dialogues... )

Voici par exemple les hypothèses émises par une classe de cinquième à la lecture d'un extrait du mythe d'Apollon et Daphné

Métamorphoses,Ovide ,( Livre I, vers 548-557)

Apollon et Daphné sur le site Présence de la littérature(CNDP)
La lettre en latin (Versailles)

Repérer l'auteur et le titre de l'oeuvre pour formuler des hypothèses sur le contenu, l'époque, le lieu

Annales Regni Francorum

Tirer des informations du paratexte (aides à la lecture fournies par le professeur : un titre, des notes ... )

Lex Oppia, Tite Live

Mettre en relation le texte et l'image jointe au texte

Par exemple, une classe débutante confrontée au premier paragraphe de la Guerre des Gaules mis en regard d'une carte de la Gaule en latin, avec mention du titre et de l'auteur (Caius Julius Caesar, De bello gallico, I, 1) peut aller très loin dans les hypothèses.

Ces premières observations visent à se mettre en état de faire une lecture la plus juste possible par l'élimination d'un certain nombre d'erreurs.

En cours de lecture

Les modes de lecture peuvent déjà mettre en valeur des éléments de sens :

Soit le professeur oralise une première fois le texte et propose une relecture aux élèves. La scansion peut être sollicitée. Le professeur peut enregistrer une lecture sous format wav, facilement transformable en mp3, puis faire enregistrer les élèves pour d'autres camarades. Ce travail permet de s'imprégner du rythme et de la structure du texte.

Un exemple de lecture oralisée en collège : La mort de Didon (J. Julien, Versailles)
Cédérom : Comment prononcer le latin ? (JP. Mazières, ARTELA/ CNARELA)

Soit le professeur invite à une première lecture silencieuse de l'ensemble et laisse les élèves mener individuellement leur observation. Puis le professeur propose une lecture oralisée de tout ou partie du texte et recueille les premières impressions.

Ensuite on met en commun les observations en fonction du genre, dans l'ordre le plus judicieux selon les textes :

a- repérage lexical

Identifier les noms propres
Dans un récit mythologique par exemple, ils permettent très rapidement une première approche du contenu du texte (personnages, lieux)

Proserpina, Hygin

Le mythe d'Ariane raconté par Hygin (dossier Dionysos de Musagora)

Constituer un champ lexical (ou plusieurs) pour dégager le (ou les) thème(s)

Voici le repérage effectué sur l'extrait du mythe d'Apollon et Daphné :
Métamorphoses, Ovide (Livre I, vers 548-557)

Repérer les répétitions et tenter d'expliquer les effets recherchés, l'intention de l'auteur

Rechercher les mots-outils pour dégager les étapes d'un récit, d'une biographie ou la progression d'un propos

Le récit d'un emploi du temps se prête particulièrement à ce repérage :

Un écrivain en vacances, Pline le jeune
La journée d'un écolier, Hermeneuta Pseudodositheana

Voir sur le site du CRDP de Besançon, pour une lecture bilingue :
La journée d'un écolier en grec et en latin

Après le repérage, on peut mettre en forme le texte pour visualiser sa progression
Vie de Caton , Cornelius Nepos

b- repérage syntaxique

Le repérage lexical des mots-outils a permis de mettre en valeur les structures qui s'appuient sur ces mots-outils.

Il reste à repérer les autres structures caractéristiques (génitif ou ablatif absolu, infinitive ...) qui ne s'appuient pas sur des mots-outils.

De la même façon que pour le lexique, on met en évidence les répétitions syntaxiques pour mesurer les effets recherchés, l'intention de l'auteur

c- repérage morphologique par catégorie grammaticale

Le repérage permet le classement grammatical du lexique et peut mettre en valeur un aspect pertinent du texte.
Le repérage des verbes met en évidence la succession des actions ou leur coexistence, aide à préciser le type de discours, comme par exemple dans la description du thiase par Catulle :

Carmen LXIV, Catulle

Le thiase vu par Catulle (dossier Dionysos de Musagora)

Les adjectifs donnent la coloration du texte comme dans la descente aux enfers de Virgile :

Enéide, Virgile (VI, 268-272)

Bien évidemment les élèves font les repérages de manière spontanée et le professeur aide à les structurer sans aller au-delà de ce qu'ils peuvent appréhender :
le but n'est pas d'épuiser le texte mais d'apprendre à le lire en conservant toute sa curiosité. Si celle-ci s'épuise, il est temps de passer à l'étape suivante.

Après la lecture, point de situation


Qu'a-t-on compris de la situation d'énonciation ?
De quoi est-il question ?
Quel est le propos ?
Certains passages du texte ont pu être entièrement compris, voir traduits.

Liber, XIII, Catulle

B- Travailler sur sur le texte équipé pour approfondir la lecture


On peut élaborer un paratexte (titre, notes) avec les élèves.

On peut alors introduire :

- soit une nouvelle mise en forme du texte (structure, vocabulaire, introduction, vie de l'auteur ...)

- soit tout ou partie de la traduction (un morceau du texte peut devenir un exercice de traduction)

On procède à la vérification des hypothèses :

- étaient-elles justes ou fausses ? dans quels pièges est-on tombé ? pourquoi ?

- que savait-on ? qu'a-t-on découvert ?

- le va-et-vient du texte à la traduction permet d'étayer solidement le raisonnement.

C'est par ce travail répété et mené de façon variée depuis la cinquième que l'on construit l'apprentissage progressif de la traduction autonome

C- Prolonger la lecture par des activités d'appropriation

En fonction de la place du texte dans la séquence et de ses objectifs pédagogiques, le professeur introduit à ce moment-là des activités qui vont permettre de mener des apprentissages.

Pour fixer les acquis liés liés à ce texte, on peut sélectionner une phrase à mémoriser :
on mène une analyse précise et un travail de mot à mot puis on fait mémoriser la phrase et sa traduction ainsi que le nom de l'auteur et le titre de l'œuvre.

Hercule sur le bûcher

On ancre cette mémorisation en exigeant la connaissance du contexte de la phrase. L'idée est d'associer toujours la mémorisation d'une phrase de langue avec l'auteur, le contexte, le souvenir d'un tableau :

par exemple la phrase de Tite-Live "signoque dato juventus Romana ad rapiendas virgines discurrit" permet à des élèves de cinquièmes de fixer à la fois le moment-clé d'un événement fondateur de la période royale raconté par un historien situé à la charnière de la République et de l'empire, et son expression par l'ablatif absolu, structure caractéristique de la langue latine. La forme et le sens sont ainsi liés dans la mémoire et fixés durablement, d'autant plus si l'on a conduit en parallèle une analyse d'image, dans ce cas-là par exemple le tableau de J. L. David.

On constitue ainsi un ensemble de phrases à remobiliser, si besoin, comme autant d'exemples-types, à la fois culturels et grammaticaux

 

Date de publication : 12/06/2006 18:15

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