L'approche progressive de l'activité de traduction autonome
En latin, au cycle central, "la traduction et l'exercice de version sont des formes et des prolongements parmi d'autres de la lecture".
Pour apprendre à traduire personnellement, il faut apprendre à utiliser la traduction des textes pour accéder au sens des textes grecs ou latins.
" Dans ce contexte, les élèves ont parfois à utiliser de manière plus méthodique une traduction française pour accéder au latin."
Les trois années de collège permettent un apprentissage très progressif de la traduction personnelle ; on attend des élèves qu'ils deviennent autonomes au cours de la troisième sur un texte court placé dans son contexte.
"En 3ème, la lecture des textes reste au centre de l'apprentissage. L'activité de traduction s'appuie sur l'activité de lecture et la complète. Par étapes, les élèves acquièrent les compétences nécessaires à l'élaboration d'une traduction personnelle orale ou écrite. L'accent est donc porté sur leur autonomie plus grande dans la pratique de la traduction."
A- Construire des compétences de traducteur par des activités de lecture
Le bain de langue authentique vise à imprégner progressivement l'élève des spécificités de cette langue mais il est inefficace si l'on ne fait pas prendre conscience à l'élève des enjeux et si l'on ne conduit pas en même temps un apprentissage progressif de la langue.Les élèves ont tendance à mener des apprentissages successifs sans les lier entre eux en les superposant en quelque sorte. Or lire pour comprendre et traduire obligent à construire le sens en reliant entre elles des connaissances de plusieurs niveaux, aussi bien culturelles que linguistiques. C'est un apprentissage complexe, sans cesse en construction.
La première prise de conscience à mener c'est qu'on apprend une langue ancienne pour accéder à un ensemble de textes transmis par la tradition, qu'il s'agit de comprendre des écrits divers par leur nature et leur époque, conçus pour être lus. Il ne s'agit pas d'être capable de s'exprimer dans cette langue ni de la comprendre immédiatement comme en langue vivante. Bien sûr ces écrits sont plus ou moins difficiles d'accès mais il faut s'accoutumer à les aborder comme des énigmes à résoudre progressivement. Cela suppose que l'enquête soit intéressante à mener et qu'au bout l'on soit plus riche des trésors rencontrés.
L'apprentissage de la lecture doit développer des réflexes de questionnement par étapes :
- observer le texte de façon globale avant de le lire (genre, auteur, titre, paratexte ...)
- mener un ensemble de repérages pendant la lecture
- faire le point des hypothèses en fin de lecture
Voici un exemple de cette progression
Une lettre de Sénèque à Lucilius
B- Utiliser des traductions pour apprendre à traduire
L'usage de textes traduits permet toute une gamme d'exercices de traduction.
Faire correspondre texte et traduction
Ponctuer un texte
On propose le texte grec ou latin sans aucune ponctuation et sa traduction ponctuée.
Reconstituer un texte
On propose le texte grec ou latin segmenté par paragraphes ou par lignes à remettre en ordre à l'aide de la traduction.
On donne un titre français à chaque paragraphe et le texte grec ou latin en désordre.
la bataille d'Alésia
Exercices de reconstitution (Crustula, Yves Ouvrard)
Restituer un extrait déjà traduit et mémorisé
On propose le texte grec ou latin sous forme de texte à trous, ou le texte ancien seul, ou la traduction seule.
Retraduire progressivement un ensemble sous forme d'exercice "boule de neige".
Retrouver le mot à mot d'un passage
Le texte grec ou latin est donné en son entier, la traduction présentée de façon structurée, l'élève doit retrouver les éléments correspondants à chaque structure.
Traduire un texte ancien à l'aide d'une traduction
Traduire un morceau simplifié du texte fourni avec sa traduction
Ariane, Hygin
Simplifier un texte
l'élève traduit un résumé français à l'aide des phrases minimales du texte latin ou grec
Dédale et Icare, Hygin
Utiliser des textes gigognes
on fournit par exemple une récit de Tite-Live et sa traduction, on donne à traduire un extrait de Lhomond
Traduire de façon personnelle un extrait avec plusieurs traductions fournies
C- Varier les méthodes de travail
Graduer la difficulté :
- proposer la lecture d'un ensemble consistant et de sa traduction avec un court passage à traduire
- donner un paratexte plus ou moins développé
- fournir un questionnaire pour guider la lecture
- réviser (ou établir) un champ lexical spécifique avant de traduire
- lire et traduire un ensemble de textes du même genre (lettre, épigramme, recette) avant de proposer la traduction autonome d'un texte de genre identique
Varier le mode d'approche :
- traduire à l'oral ou à l'écrit
- traduire collectivement, en équipes, seul
- traduire un morceau d'un ensemble par équipes
Bâtir une séquence sur l'apprentissage de la méthode de la traduction autonome.
D- Apprendre à traduire de façon autonome
C'est apprendre à l'élève à mobiliser ses acquis :
conduire une lecture méthodique
avoir recours en premier lieu à sa mémoire :
ne pas recourir au dictionnaire (ou à un lexique) avant d'avoir terminé sa lecture ni même d'avoir proposé une traduction même partielle et hypothétique
passer à l'analyse lorsqu'elle devient nécessaire. Elle n'est pas forcément première : par exemple, "conjux mea non potes esse" est compréhensible directement..
L'analyse est utile dans les cas où l'intuition ne donne pas immédiatement accès au sens, ou pour trouver une autre hypothèse quand l' hypothèse de départ ne donne rien.
se remémorer les structures attendues en fonction du type de texte, de l'auteur
par exemple la présence d'ablatifs absolus chez César, absence de l'auxiliaire esse chez Tite Live
savoir passer de l'identification juste en langue ancienne à la restitution juste en français :
par exemple en conjugaison, le mode subjonctif doit être identifié mais il ne se rendra pas forcément par un subjonctif et la concordance des temps au passé ne s'exercera pas en français.
prendre conscience de la différence des langues mais aussi de la différence culturelle, et de la différence des genres et des registres : on ne traduit pas de la même manière une phrase oratoire, une histoire drôle, une maxime, ou deux vers d'élégie ou une épigramme ou un graffiti sur un mur. On commence l'initiation au style propre à un auteur, une époque, un genre.et on fait ainsi comprendre qu'il n'y pas un latin ou un grec, mais divers états et niveaux de langue.

