L'expression écrite

-Introduire un texte d'auteur antique au sein d'une séquence permet la mise en perspective et l'approche de la notion d'héritage littéraire.

-Si l'on étudie un extrait dans la langue d'origine, on offre en outre aux élèves la possibilité d'enrichir leur vocabulaire et d'améliorer leur expression écrite par des exercices de style.


Voici un exemple d'activité sur le portrait proposé en classe de 4° dans le cadre du cours de français.

Enrichir le vocabulaire

-La classe observe le portrait de l'empereur Caligula conservé au Musée du Louvre :

Le professeur sans donner aucun indice recueille un ensemble de données, les plus précises possibles.

Chaque hypothèse est soigneusement étayée sur un élément du buste.

On peut constater des divergences d'interprétation sans viser l'unanimité.

On termine par un exercice écrit : chaque élève rédige une phrase descriptive commençant par " il avait " ou " il était ", contenant le plus possible des éléments observés ensemble.

On écoute quelques portraits ainsi rédigés.

photo Béatrice Oravec
© 2005 texteimage.com
 

 

-Le professeur projette ensuite à la classe le début du portrait en latin de Caligula par Suétone (Vies des 12 Césars, IIII, L) sans donner là encore le moindre indice.

-L'usage des couleurs distingue préfixes et suffixes, le verbe est souligné, les adjectifs en italique :

Statura fuit eminenti, colore expallido, corpore enormi, gracilitate maxima cervicis et crurum, oculis et temporibus concavis, fronte lata et torva, capillo raro et circa verticem nullo, hirsutus cetera.

Le texte est court et sans être latinistes, les élèves peuvent très vite émettre des hypothèses sur son contenu : genre, langue utilisée, mots transparents.

-On essaie d'aller le plus loin possible dans la compréhension puis on propose aux élèves d'explorer le vocabulaire à l'aide d'un dictionnaire français. Pour chaque mot latin, on cherche un ou des mots français bâtis sur le même radical, par exemple statura, radical statur-, mot français "stature", définition " taille d'une personne ". On peut répartir le vocabulaire en groupes nominaux par équipes et proposer l'usage de plusieurs dictionnaires.

-La mise en commun permet d'intéressantes observations étymologiques sur la structure des mots, leur orthographe et leur sens, ainsi que sur leur registre de langue. On peut ainsi comparer stature et taille, gracilité et minceur, éminent et élevé, en consultant à nouveau le dictionnaire. On a ainsi l'amorce d'un champ lexical qui s'enrichira au cours de la séquence.

-On tente ensuite de traduire la phrase ou le professeur propose la traduction selon le degré d'implication du groupe :

"Caligula avait la taille haute, le teint livide, le corps mal proportionné, le cou et les jambes tout à fait grêles, les yeux enfoncés et les tempes creuses, le front large et mal conformé, les cheveux rares, le sommet de la tête chauve, le reste du corps velu." (Traduction Henri Ailloud, Belles Lettres, 1993, Vies des 12 Césars, Caligula, Suétone, IIII, L).

-On la compare alors avec les phrases écrites à propos du buste et avec le buste lui-même. Se pose inévitablement le problème de la subjectivité et de l'intention de l'artiste, sculpteur ou auteur, et donc de l'effet attendu.

-Si la classe compte des latinistes, on prolongera l'étude en cours de latin par l'observation de ce procédé d'écriture dans les autres portraits rédigés par Suétone.

Exercices de style

-Pour faire sentir aux élèves comment " croquer " un personnage en une phrase, on propose quelques exercices d'écriture :

-rédiger le portrait inverse en remplaçant chaque adjectif par son antonyme.

-rédiger le portrait d'un personnage (célébrité, œuvre d'art, photo d'un inconnu) à partir de la structure : " il/elle avait la taille…, le teint…, le corps… etc… ".

-r édiger ensuite le portrait inverse.
La lecture à la classe des phrases rédigées permet de tester l'effet produit.

-Puis on compare ce procédé d'écriture lorsque La Bruyère l'utilise pour décrire Giton :

"Giton a le teint frais, le visage plein et les joues pendantes, l'œil fixe et assuré, les épaules larges l'estomac haut, la démarche ferme et délibérée" (Les Caractères, Des biens de fortune, 83)

et Alexandre Vialatte pour les Auvergnats :

"Ils ont des cheveux noirs, des yeux de braise, des dents luisantes et des chandails superposés, les uns marron, les autres aubergine". (l'Auvergne absolue, Julliard, 1983, page 20).

-On cherche ainsi à différencier la façon de décrire avec un même procédé un personnage unique, un caractère typique et un groupe caractéristique.

Afin d'éviter les dérives désagréables dans les exercices suivants, il est indispensable d'indiquer le grand attachement de Vialatte pour l'Auvergne et d'étudier son humour subtil qui joue avec les poncifs. On propose la phrase dans son contexte :

"Ce qui fait l'intérêt de l'Auvergne, c'est qu'elle est remplie d'Auvergnats. S'il faut en croire les dernières statistiques, elle en contient même plus que Paris. Ils vivent sur les flancs de montagnes abruptes, du produit de leur pêche, de leur chasse, de leur entregent et de leur industrie : leurs eaux, leur caoutchouc, leurs fromages, leurs barrages, leurs confitures et leurs dentelles ; leur chocolat … Ils ont des cheveux noirs, des yeux de braise, des dents luisantes et des chandails superposés, les uns marron, les autres aubergine En laine épaisse. Pour le 15 Août, ils en enlèvent un. A la Toussaint, ils en ajoutent deux. A la fin de leur vie, ils sont devenus pure laine, on se sert du grand-père pour planter les épingles, et le médecin, quand il l'ausculte, doit l'éplucher comme un oignon."

-On propose alors de rédiger à la manière de Suétone, La Bruyère, Vialatte, trois portraits successifs, par exemple un camarade, un type d'élève, les collégiens.

Dernière mise à jour : 30/06/2006