L'évolution des genres
Les élèves au collège ont souvent beaucoup de difficultés à cerner le genre
des textes. En cours de français il peut être très utile d’introduire un ou
plusieurs textes d’auteurs antiques pour faire percevoir les filiations au travers
des siècles et l’évolution des genres. On peut mettre ainsi en regard :
pour la fable : Le Loup et l’agneau par Esope,
Phèdre,
La
Fontaine et Jean Anouilh
pour la comédie : L’Aululaire
de Plaute et L’Avare de Molière.
Les documents d’accompagnement incitent à un travail comparatif avec Aristophane
pour sensibiliser les élèves à l’apprentissage du grec en quatrième.
pour la tragédie :
l’Antigone de Sophocle avec celle d’Anouih
pour la littérature épistolaire : une lettre de Cicéron,
Pline
le Jeune ou Sénèque
peut être insérée à un ensemble de textes modernes.
Beau comme l'antique
Par ailleurs un intéressant travail interdisciplinaire avec le professeur d’histoire-géographie
et celui d’arts plastiques peut permettre de comprendre comment chaque grande
période se nourrit de l’Antiquité en la réinventant : Renaissance, Classicisme,
Siècle des Lumières, Révolution … Le Serment des Horaces de David, mis
en relation avec le texte de Tite-Live
et un extrait de la tragédie de Racine, offre par exemple cette mise en perspective.
La poétique des ruines
De fait la découverte progressive du patrimoine antique et la naissance de
la science archéologique ont déclenché un formidable engouement pour l’Antiquité.
On peut proposer la lecture d'un groupement d’extraits de récits de voyage à
Rome ou en Grèce, et l'analyse de tableaux représentant des ruines, comme ceux
d’Hubert Robert : il est peu de Musées des Beaux-Arts, si modestes soient-ils,
qui n’offrent pas d’exemple de cette " poétique des ruines". Cela peut
être une des façons d’aborder le romantisme.
La nouvelle fantastique
Voici une proposition de travail comparatif pour étudier le genre
de la nouvelle fantastique en 4°.
On s’appuie successivement sur trois récits, en relation avec l’étude d’œuvres
d’art :
Pygmalion : Ovide, les
Métamorphoses,
X, 280-294
La Vénus d’Ille, Prosper Mérimée, Nouvelles
Le Portrait ovale, Edgar Poe, Nouvelles histoires
extraordinaires
Les trois œuvres ont pour thèmes l’art, l’amour et
la mort.
1 – Pygmalion
Aucune femme ne trouve grâce aux yeux de Pygmalion qui sculpte la femme
idéale et tombe éperdûment amoureux d’elle. Voilà
la terrible punition d’Aphrodite, qui peut se révéler impitoyable :
on songe à Narcisse, et à Psyché. L’intensité
de la passion du sculpteur et ses prières fléchissent la déesse :
Galatée prend vie et rend ses baisers à Pygmalion. L’amour
a donné vie à l’œuvre d’art.
Les adolescents sont fascinés par ce conte mythologique. On peut lire à ce
sujet l’intéressante analyse de Bruno Bettelheim dans Psychanalyse des contes
de fées , Seconde partie : Au royaume des fées, "La belle au bois
dormant". La comparaison entre le conte de fées et le récit mythologique permet
de rappeler les caractéristiques de ces deux genres vus en sixième.
On étudie en parallèle deux sculptures néo-classiques du Musée du Louvre (disponibles
sur le site
Texte image ou les cédéroms des éditions Cadmos)
Psyché ranimée par le baiser de l’amour, Canova, 1793
Pygmalion et Galatée, Etienne-Maurice Falconet, 1761
2- La Vénus d'Ille
Ensuite la lecture de la Vénus d’Ille montrera une situation inverse :
un futur marié, afin d'être plus à l’aise pour une partie de jeu de paume,
quitte son alliance et la passe au doigt d’une statue antique de Vénus, sans
lui prêter la moindre attention. Dans la nuit il périt effroyablement étouffé,
et le narrateur laisse entendre que la statue s’est animée pour donner la mort :
on ne dédaigne pas impunément la déesse de l’amour. L’auteur utilise le mythe
pour introduire le fantastique dans un récit réaliste qui bascule au dernier
moment et laisse le lecteur dans le doute caractéristique du genre.
L’étude de statues antiques de Vénus complète la
lecture : les élèves s'initient à l’art grec
et romain par l’observation de l’évolution de la statuaire
vers la mise en mouvement ; la statue "prend vie".
On prend le temps de rêver, d’imaginer les gestes patients du sculpteur : et
si l’une d’elle prenait vie ? On retrouve ce thème dans d’autres nouvelles,
comme Gradiva ou Arria Marcella, dont on peut proposer la lecture
personnelle.
3- Le portrait ovale
Edgar Poe, dans le Portrait ovale, suit le schéma narratif
inverse de Pygmalion : un peintre fasciné par la beauté de son
épouse l’oblige à poser longuement pour en faire le portrait, au point qu’elle
meurt au moment-même où il atteint la perfection de la vie elle-même. La passion
pour l’art donne la mort et perd irrémédiablement l’amour. Le fantastique
comme dans la Vénus d’Ille donne une fin tragique au récit, diamétralement
opposée à l’heureuse issue du mythe.
On propose aux élèves de réaliser par petits groupes un tableau
comparatif de synthèse sur les trois récits (genre, schéma narratif, cadre,
personnages, thèmes) puis on procède à une mise en commun.
Dernière mise à jour : 07/06/2006