Un blog en classe relais

Mélinée Simonot, Collège Charles-Péguy, Versailles

 

Un blog pour remotiver les élèves.


  • Niveau : Classe relais de 6e et 5e
  • Objectif : réconcilier les élèves avec le cours de français à travers une activité d’écriture motivante
  • Activités : travail d'écriture narrative long en vue de la création d'un « récit dont vous êtes le héros ».
  • Adresse du blog : http://www.weblettres.net/blogs/index.php?w=Touspourun


Les dispositifs relais (classes et ateliers) accueillent des élèves de collège, éventuellement de lycée, entrés dans un processus de rejet de l'institution scolaire et du savoir, qui peut se traduire par des manquements graves et répétés au règlement intérieur, un absentéisme chronique non justifié, une démotivation profonde dans les apprentissages, voire une déscolarisation.

Dans le cadre d’un dispositif relais, l’utilisation du blog présente un réel intérêt pour trois raisons :
– premièrement, le changement de support (l’ordinateur à la place du cahier) permet aux élèves de retrouver une motivation, d’autant plus que les problèmes de soin, de clarté, d’ordre sont atténués par l’emploi de logiciels informatiques ;
– deuxièmement, le travail sur des outils informatiques fragiles, appartenant à la communauté scolaire, conduit l’enseignant et les élèves à aborder les questions de responsabilité et de respect du bien commun ;
– troisièmement, le blog offre plus de souplesse qu’un cours traditionnel. En effet, l’enseignant est bien souvent confronté aux problèmes d’absentéisme et d’hétérogénéité dans un dispositif relais : un élève régulièrement absent ou en grande difficulté a parfois le sentiment d’être « perdu ». Or le blog permet de morceler le travail autour d’une thématique grâce à sa présentation sous forme d’une succession d’articles ; chacun peut alors apporter sa contribution selon son niveau et son degré d’implication dans les apprentissages.

Dans notre établissement, le dispositif relais propose quatre sessions par an à des élèves de collège. Une session dure en moyenne sept à huit semaines et nous accueillons au maximum huit élèves par session. L’activité présentée ici a été réalisée avec des élèves de sixième et de cinquième qui présentaient de graves troubles du comportement, notamment des problèmes de violences physiques (coups de pied et coups de poing) et verbales (insultes) à l’égard des enseignant, des adultes en général et des autres élèves de la classe. Par ailleurs, ces élèves refusaient de réfléchir, de penser, de s’interroger et les moments de questionnement conduisaient inévitablement au conflit.

La création du blog : choix collectifs

Au début de la session, le dispositif accueillait quatre élèves. Suite à une discussion commune, encadrée et orientée par le professeur, la classe a décidé de créer un blog reprenant la structure du « roman dont vous êtes le héros » : chaque élève écrit un paragraphe numéroté correspondant à un élément du schéma narratif et le lecteur peut lire le récit en suivant différents chemins narratifs. Le professeur avait délibérément choisi un point de départ très simple, le chiffre quatre, relatif au nombre d’élèves dans la classe. Nous avons alors effectué des recherches sur l’histoire de ce chiffre dans la littérature (les Métamorphoses d’Ovide), les arts et les mentalités collectives (les quatre saisons, les quatre climats, les quatre humeurs, les quatre points cardinaux, etc…). Finalement notre choix s’est porté sur le thème des quatre éléments. Cette étape préparatoire a conduit les élèves à réfléchir sur des notions simples et quotidiennes qu’ils ont ensuite mises en relation. Cette mise en relation a nourri leur imagination.

Rédaction d’un scénario

Nous avons alors élaboré le scénario d’un roman d’aventure mettant en scène quatre héros aux pouvoirs surnaturels associés aux quatre éléments. Lors de cette deuxième étape, nous avons essayé d’utiliser le blog  comme une boîte à idées où chacun pouvait déposer des suggestions de scénario avant la mise en commun mais peu d’élèves ont joué le jeu. Cependant, il était important, dans ce dispositif, de laisser une certaine liberté aux enfants. C’est ainsi que chaque élève a eu la possibilité d’écrire un chapitre sur le blog où il se forgeait une identité fictive et héroïque en s’inventant un nom, une généalogie, une histoire personnelle, un pouvoir et un talisman distinctif. Quant au professeur, il devenait « l’Oracle », un personnage créé par les élèves, une sorte de sage qui apprend aux quatre héros à maîtriser leur pouvoir et leur force destructrice pour les mettre au service du bien commun.

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Organisation

Ce travail d’écriture a duré environ quatre semaines. Il a d’abord fallu que la classe se familiarise avec les ordinateurs portables. La première heure a été consacrée aux recommandations du professeur pour manipuler le matériel informatique. En effet, l’un se balançait sur sa chaise et a failli faire tomber l’ordinateur portable, un autre tentait d’accéder à un site de téléchargement, un troisième tapait sur toutes les touches espérant accélérer le processus de mise en route. Dans un dispositif relais, on doit toujours rester vigilant et attentif aux manipulations des élèves mais il est nécessaire aussi de leur accorder une certaine confiance. On ne peut éviter, surtout dans ce type de classe, que les élèves explorent les possibilités qu’ils ont. Nous avons donc établi une charte de bonne conduite qui comprenait douze recommandations :


Charte de bonne conduite

1. En entrant dans la salle, je vais chercher seul mon ordinateur mais j’attends l’autorisation du professeur pour l’allumer.
2. Je suis le protocole indiqué au tableau par le professeur.
3. Je n’oublie pas mon identifiant et mon mot de passe.
4. Je n’oublie pas de sauvegarder mon travail toutes les deux ou trois lignes.
5. Si je rencontre un problème, je n’essaie pas de le régler seul ; j’appelle le professeur.
6. Lorsque j’ai terminé mon travail, je me relis puis j’appelle le professeur.
7. Si le professeur me donne son accord, je peux demander la publication de mon article.
8. Si je veux aller visiter un site, je demande d’abord l’autorisation au professeur.
9. Je n’utilise pas un langage SMS ou un langage grossier pour écrire sur le blog.
10. Je ne me balance pas sur ma chaise et je ne fais pas de gestes violents quand j’ai un ordinateur devant moi.
11. Lorsque le professeur me le demande, je ferme mon ordinateur (après avoir sauvegardé), je vais le ranger tranquillement et je n’oublie pas de le brancher pour qu’il se recharge.
12. Si je sais que si je ne respecte pas l’une de ces recommandations, je n’aurai plus le droit d’utiliser les ordinateurs.



Dès la deuxième heure, ces règles clairement énoncées étaient comprises et respectées. Les élèves ont alors appris à utiliser un blog pédagogique sur la plate-forme de WebLettres, en tant que contributeurs : ils ont entré leur identifiant et leur mot de passe, ont découvert les rubriques, les fonctionnalités et les outils mis à leur disposition. Ils ont choisi l’habillage de leur blog et son titre (« Tous pour un »). Ils ont également appris à taper une adresse dans la barre d’adresse.

Pour un peu d’imagination : élaboration de la trame narrative

L’heure suivante a été consacrée à la formulation des idées de chacun. C’est la séance qui a été la plus éprouvante et la plus difficile. En effet, le professeur a d’abord été confronté au manque de motivation de certains élèves, lié sans doute à leur manque d’imagination. Pour remédier à cette situation, nous avons procédé à un échange oral d’idées et nous avons noté les propositions au tableau. À la fin de la séance, chacun a résumé la trame narrative retenue.
Les séances suivantes ont été des séances de rédaction. Les élèves ont créé leur personnage et inventé leur biographie fictive. Deux élèves sont venus s’ajouter à l’effectif de départ au cours des premières heures de rédaction. Ces séances ont eu des conséquences considérables sur l’attitude des élèves. Ils se sont véritablement livrés, à travers les fictions qu’ils imaginaient. Le fait de parler d’eux les inspirait.

En voici un exemple :

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    Nous avons donc pu aborder le thème de la violence, de l’estime de soi, du manque de respect à travers les biographies fictives que les élèves inventaient. Par ailleurs, la communication avec l’enseignant est devenue moins conflictuelle et l’agressivité a disparu. Le fait de s’asseoir à côté d’eux pour corriger leurs erreurs, de les féliciter quand ils avaient produit un effort les a en quelque sorte apaisés.

Un travail inachevé mais des élèves réconciliés

Une fois la trame narrative et les personnages mis en place, nous avons été confrontés à deux nouveaux obstacles. Les élèves de ce dispositif ont travaillé lentement et nous manquions de temps pour espérer parachever notre projet. En outre, les différents épisodes de l’histoire, notamment la fin, étaient connus des élèves et ils ne voyaient plus l’intérêt de continuer à écrire. Par conséquent nous ne sommes pas parvenus au résultat escompté. Il aurait été plus judicieux de laisser l’histoire se tisser au fur et à mesure.

La mise en place du blog nous a permis avant tout de réconcilier les élèves de classe relais avec les activités pédagogiques : lecture, écriture, questionnement, recherches. Mais au-delà, elle a nettement amélioré les rapports sociaux de l’élève au sein de la classe. Nous avons noté de nettes évolutions comportementales et une diminution de l’agressivité. Nous envisageons donc de renouveler l’expérience en étendant le projet à d’autres matières.